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<title>LÉO FERRÉ - souvenirs</title>
<description>Études et propos par Jacques Layani</description>
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<title>Dans la nuit de Bobigny</title>
<link>http://leoferre.hautetfort.com/archive/2009/03/06/dans-la-nuit-de-bobigny.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Jacques LAYANI)</author>
<category>Souvenirs</category>
<pubDate>Fri, 06 Mar 2009 11:02:40 +0100</pubDate>
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&lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Il faut bien, avant de clore, raconter tout de même comment le jeune homme dont, de loin en loin, nous avons ici suivi quelques aventures,&amp;nbsp;a fini par rencontrer, oh, fort brièvement, Léo Ferré.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Le jeune homme a fini par grandir et même commencer à vieillir, il a deux jeunes enfants. Et voilà qu’à trente-deux ans, un jour de 1984, lui prend l’envie – le désir, l’insolence, la folie, l’illusion, le délire, l’extravagance – d’écrire un livre consacré à Léo Ferré. Lui qui se pique de savoir aligner deux ou trois mots de temps en temps mais n’a jamais rien publié, conçoit, avec toute la candeur du monde, un livre dont il a instantanément le projet en tête, qu’il intitulera tout bonnement &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;Léo Ferré, la mémoire et le temps&lt;/i&gt; (rien que ça), auquel il envisage d’adjoindre un catalogue raisonné de l’œuvre de l’artiste, en deuxième partie. Après un an de travail, il abandonnera l’idée de ce second volet, effrayé par son aspect tentaculaire, et se cantonnera au texte lui-même, longtemps encore.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Il commence à écrire quelques fragments, à fondre des notes. Il y a des choses qu’il trouve tout de suite, d’autres dont la formulation est plus capricieuse à naître. Un jour, butant sur une question de documentation qu’il ne possède pas, il écrit à telle personne qui a déjà commis un ouvrage sur le sujet. Ignorant son adresse, il lui adresse sa demande aux bons soins de la revue &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;La Rue&lt;/i&gt;, à laquelle elle a participé encore récemment. L’adresse de la revue &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;La Rue&lt;/i&gt;, c’est, on, s’en doute, celle de l’un des responsables. Quelque temps après, il reçoit les photocopies demandées. C’est un temps sans internet. La lettre avait réussi à atteindre la personne en question, alors que l’adresse utilisée n’était plus bonne, mais le courrier avait heureusement suivi et été retransmis. Un peu plus tard, il envoie une deuxième lettre dans laquelle il raconte son projet et reçoit en retour un appel téléphonique. L’histoire est amusante&amp;nbsp;: sa lettre manuscrite a suffisamment convaincu la personne destinataire (graphisme qu’elle jugea élégant, aucune faute d’orthographe) pour la décider à téléphoner et là, la voix du jeune homme grandi fut encore suffisamment convaincante pour aboutir à un rendez-vous. Les choses sont parfois curieuses.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;De fil en aiguille,&amp;nbsp;la personne lui dit qu’elle va lui faire rencontrer Léo Ferré qui, justement, doit venir chanter bientôt en région parisienne. Le temps passe et voici que l’artiste est annoncé à Bobigny, où il chantera sous chapiteau le 9 mai 1986. À cette seule idée, le jeune homme grandi est aussi à l’aise qu’un pianiste dont un bourreau menacerait d’écraser les doigts. Las, la faucheuse ayant cru bon d’emporter une connaissance de la personne devant servir d’intermédiaire, celle-ci doit partir pour Lyon justement à ce moment-là&amp;nbsp;; voilà qu’il est maintenant seul à devoir aller trouver le poète pour lui parler d’un ouvrage qu’il entend signer à son propos, rien que ça. Il est trop tard pour reculer.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Le soir venu, ayant laissé son épouse d’alors et ses deux fillettes à la maison, il arrive à Bobigny déjà anxieux, finit par trouver le chapiteau, gare sa Peugeot non loin et assiste au spectacle. C’est le plus facile de l’histoire et pourtant, de l’instant où Ferré entre en scène avec &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;Ta parole&lt;/i&gt; jusqu’à la fin du récital, il n’entend pratiquement rien et, pourquoi ne pas le dire, &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;crève littéralement de trouille&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Et voilà, le spectacle est terminé. Et maintenant&amp;nbsp;? Il prend sur lui, s’approche de ce qui tient lieu de coulisses&amp;nbsp;: un cordon barrant l’accès à l’extérieur du chapiteau. Avec l’assurance d’un parachutiste ayant oublié son parachute, il demande qu’on remette sa carte à Marie Ferré, une carte sur laquelle il a écrit deux lignes où il se recommande de l’intermédiaire absent. On lui demande d’attendre, puis on revient mais comme il y a du monde, on est occupé, on se souvient mal de qui a remis une carte et l’on cherche… une dame. Il doit alors assurer (et convaincre) que la dame, c’est lui, ce qui est difficile mais il y parvient. Il passe donc en «&amp;nbsp;coulisses&amp;nbsp;» et se dirige vers Mme Ferré.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;C’est ainsi que le jeune homme grandi se retrouve pour la première fois, dans la nuit, en plein air, derrière un chapiteau, à parler à Marie qui, il le sait aujourd’hui, est d’un abord facile et plein de compréhension et de gentillesse, mais enfin, il est ce soir-là aussi détendu qu’un pilote de voiture de course dont trois pneus sur quatre ont crevé juste avant un grand virage.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Le moment plaisant ne fait que commencer. L’artiste est dans sa loge – laquelle, puisqu’il ne s’agit pas d’un théâtre, est constituée d’une baraque de chantier un peu améliorée – et reçoit son public. Eh bien, il n’y a plus qu’à aller le voir et lui parler, c’est tout. La belle affaire&amp;nbsp;! Le jeune homme grandi est annoncé, il n’a rien à craindre, la personne intermédiaire a bien pris soin de prévenir Marie et Léo Ferré. Marie lui a dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Allez-y&amp;nbsp;». Tout est si simple.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Alors commence l’enfer. D’abord, l’angoisse n’a cessé de grandir depuis le début de la soirée. Ensuite, l’énervement, souvent, donne envie de faire pipi (eh oui, pourquoi le cacher&amp;nbsp;?), ce qui ne serait rien s’il y avait des toilettes&amp;nbsp;; seulement, il n’y en a pas. Enfin, le jeune homme grandi, à ce moment-là, n’a pas encore arrêté de fumer et, bien évidemment, il ne lui restait en tout et pour tout qu’une cigarette immédiatement fumée&amp;nbsp;; à présent, il n’a plus rien qu’une envie de… et une peur monumentale.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Alors, il attend. Il ne sait pas quoi. Il voudrait partir, se sauver au bout du monde mais ce n’est pas possible, il ne peut plus. Il attend que les admirateurs soient passés, les uns après les autres, il attend que le temps s’arrête, il attend de se dissoudre immédiatement, de rentrer sous terre, d’aller se cacher au fond de son lit pour ne plus voir l’étendue de sa folie et du désastre qu’il est en train de vivre. Il attend.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Soudain, quelqu’un, un régisseur sans doute, paraît à la porte de la loge de fortune. Le jeune homme grandi entend&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il n’y a plus personne&amp;nbsp;?&amp;nbsp;» L’homme a déjà la main sur la porte qu’il s’apprête à fermer. Il faut y aller. «&amp;nbsp;Si, moi&amp;nbsp;». Il fonce, la mort dans l’âme, monte les deux ou trois degrés du marchepied, entre. L’artiste est là. Mon Dieu, ne plus rien dire, mourir sur place. Mais ce n’est pas possible. Il parvient à parler&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Bonsoir. Vous ne me connaissez pas. Je m’appelle Jacques Layani et je viens vous voir de la part de…&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Le jeune homme grandi est bien incapable de dire aujourd’hui quels mots ont suivi. C’est la première fois qu’il reçoit, face à face, le regard de Léo Ferré. Le croira qui voudra, ce regard châtain clair est quasi insoutenable d’intelligence. Il a l’impression d’être fouillé par une tête chercheuse et il n’y a là, même longtemps après, aucune exagération. L’entretien durera deux ou trois minutes – dix siècles – et aucun de ceux qui suivront, durant quelques années, ne durera beaucoup plus. Au total, les rencontres du jeune homme grandi avec l’artiste représenteront moins de deux heures. Certes, elles seront inoubliables.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; 
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<title>Un spectateur indiscret</title>
<link>http://leoferre.hautetfort.com/archive/2009/01/08/un-spectateur-indiscret.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Jacques LAYANI)</author>
<category>Souvenirs</category>
<pubDate>Thu, 08 Jan 2009 12:06:33 +0100</pubDate>
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&lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Marseille, décembre 1972. Dans la Simca 1100 de son père, le jeune homme désormais familier aux lecteurs emmène quelques camarades au théâtre Toursky. Le rendez-vous est fixé devant le Jimmy – quartier général, centre névralgique – ce café près du lycée Victor-Hugo de Marseille, fermé à cette heure. Le jeune homme a eu vingt ans quelques jours auparavant. La voiture blanche aux sièges rouges file vers la Belle-de-Mai, Saint-Mauron…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Dans la salle, les jeunes gens vont occuper une rangée entière, à gauche de l’allée centrale, au premier rang. Évidemment, tous ne sont pas entrés dans la même voiture. On est venu comme on a pu. Parmi eux, une jeune fille de seize ans a disposé sur la scène, ouvertement, un magnétophone à cassettes, le célèbre Philips Mini K7. Le micro est dirigé vers le centre de la scène. Évidemment, le piano de Popaul est tout près, il risque de tout couvrir et l’enregistrement de n’être pas très bon, mais on est alors peu regardant vis-à-vis de la qualité du son&amp;nbsp;: seul, le contenu compte.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Le spectacle commence. Il y a encore un entracte. Au début de la deuxième partie, Léo Ferré chante &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;Les Poètes&lt;/i&gt;. Et se trompe, comme cela lui arrive quelquefois. Il commence à chanter&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ils ont des chiens…&amp;nbsp;» avec un quatrain d’avance, se rend compte de l’erreur, hésite. Irrésistiblement poussé – par quoi&amp;nbsp;? Son «&amp;nbsp;oisive jeunesse&amp;nbsp;»&amp;nbsp;? – notre lascar, les mains en porte-voix, crie&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ils mettent des couleurs sur le gris des pavés&amp;nbsp;», se rend soudain compte de son audace un peu bête, tandis que Ferré dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Voilà&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», enchaîne sans se démonter, que Popaul se tourne, ironique, dans la direction de la voix&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;T’en sais des choses, toi&amp;nbsp;!&amp;nbsp;», qu’une grande partie du public applaudit en criant&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Bravo Kiki&amp;nbsp;» – c’est ainsi qu’on appelle alors le jeune homme – parce qu’incroyablement, dans le noir, on a su que c’était lui qui s’était involontairement mis en avant. Il faut dire qu’il a la réputation d’être fou de Ferré, voire fou tout court, et qu’il connaît alors beaucoup de monde. Tout cela s’est déroulé en quelques secondes, les différentes interventions ayant été ramassées dans un bref moment commun, sans se chevaucher pourtant, et demeurant parfaitement audibles.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Si audibles que le micro du petit appareil les a fidèlement captées… Un peu plus tard, le jeune imbécile demandera à sa propriétaire de dupliquer la cassette. Comme on le faisait alors&amp;nbsp;: deux magnétophones reliés par un cordon. C’était une cassette C 120, car le spectacle durait deux heures. Incroyablement, la copie elle-même était techniquement encore acceptable.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Quatre ans après, le jeune homme part vivre à Paris, nommé là par l’Éducation nationale. Il n’emporte pas la cassette avec lui. Des années plus tard, il cherche à la récupérer&amp;nbsp;: elle a été effacée. Heureusement.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; 
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<title>La mémoire et la nuit</title>
<link>http://leoferre.hautetfort.com/archive/2008/11/19/la-memoire-et-la-nuit.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Jacques LAYANI)</author>
<category>Souvenirs</category>
<pubDate>Wed, 19 Nov 2008 17:00:00 +0100</pubDate>
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&lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Le jeudi 30 juillet 1970, le jeune homme souvent présenté ici se trouve au palais du Pharo, à Marseille, pour un spectacle en plein air, au Théâtre aux Étoiles. C’est une des premières fois qu’il se rend au spectacle. Il a déjà vu Fernand Raynaud (hum) l’année précédente, et Brassens en février de cette année-là, tous deux au théâtre du Gymnase. C’est tout. Ce soir-là, il va voir et entendre Léo Ferré, pour la première fois. Il connaît son œuvre depuis une année, et voilà que, au cours de sa tournée d’été, Ferré passe par Marseille.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;On entre dans les jardins du Pharo et l’on monte une allée en pente assez forte&amp;nbsp;: à Marseille, le terrain plat, ça n’existe pas. Tout en haut, des gradins sont installés l’été, avec des éclairages provisoires et des «&amp;nbsp;parois&amp;nbsp;» mobiles créant un théâtre éphémère. Ce qui est beau, c’est le palais du Pharo, offert à Joséphine par l’Empereur, qui sert de fond de scène. Et l’on sait que derrière, il y a le monument aux morts de la mer et, en contrebas, le large, déjà.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Il assiste au récital avec le camarade qui, l’année précédente, lui a fait découvrir Ferré en lui parlant, dans la cour du lycée Victor-Hugo, de l’artiste et du 45-tours Barclay du moment : &lt;em&gt;C’est extra, La Nuit, Madame la Misère&lt;/em&gt;. Ce soir, ils sont assis sur la gauche, relativement loin de la scène.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Curieusement, il n’a pas énormément de souvenirs de cette soirée. Il lui reste des visions de Popaul, de Léo Ferré en liquette mauve portée par-dessus un pantalon noir, avec un large ceinturon par-dessus le tout. C’est la mode du moment. Il a les cheveux longs et gris. Ce qui est impressionnant – en tout cas pour ses dix-huit ans, et même seulement ses dix-sept ans et demi d’alors – c’est que le chanteur est accompagné par un pianiste aveugle. Sans savoir pourquoi, il a le sentiment, dans son souvenir, d’une nuit infinie – sans doute métaphoriquement, à cause de la cécité de Paul Castanier&amp;nbsp;; sûrement réellement parce qu’il fait nuit et qu’il voit le ciel noir au-dessus de sa tête&amp;nbsp;; certainement à cause du contenu des chansons. Il ne sait pas. Pour lui, en tout cas, ce premier souvenir, c’est la nuit, la nuit, la nuit. Les chansons, il ne lui en reste que quelques fragments très brefs dans les oreilles&amp;nbsp;: un bout du &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;Bateau espagnol&lt;/i&gt; (peut-être avec les arrangements de Defaye, donc sur bande enregistrée – mais ce n’est pas sûr) et un peu de &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;La Mémoire&lt;/i&gt; &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;et la mer&lt;/i&gt;, c’est tout.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;En revanche, il lui reste aussi le sentiment d’un formidable coup de poing. Un coup de poing sans violence, quelque chose de salutaire. Le premier spectacle de Léo Ferré, c’est quelque chose.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 8pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond;&quot;&gt;Ç&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;a ne s’oublie pas, et cependant, les détails s’évanouissent. Demeure une impression.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana;&quot;&gt;Ensuite, plus rien&amp;nbsp;: la sortie, le retour, rien. Tout s’est effacé. Trente-huit années ont coulé. C’était hier.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; 
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<title>Les visiteuses</title>
<link>http://leoferre.hautetfort.com/archive/2008/02/19/les-visiteuses.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Jacques LAYANI)</author>
<category>Souvenirs</category>
<pubDate>Tue, 19 Feb 2008 00:00:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Marseille, janvier 1974. L’un des trois jeunes gens que nous avons souvent croisés ici, travaille dans une librairie sise 21, rue Paradis. Quelquefois, sa compagne vient l’attendre à la sortie du magasin, le soir, à dix-neuf heures. Elle se tient devant la devanture peinte d’un rouge sombre. «&amp;nbsp;Librairie Fueri-Lamy&amp;nbsp;», dit l’enseigne.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Ce soir-là, il trouve, qui l’espère, la jeune fille manifestement émue. Il s’en inquiète, demande ce qui se passe, et elle&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J’ai passé l’après-midi avec Léo Ferré&amp;nbsp;». Comme on l’imagine, le jeune homme n’y croit pas un instant. Il s’abstient pourtant de répondre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Et moi avec Napoléon&amp;nbsp;», ce n’est pas son genre, mais enfin, son visage ne dissimule aucunement son incrédulité. Toujours aussi émue, la jeune fille brune dit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Regarde, ça, ce sont les morsures de son chien Tristan&amp;nbsp;», et elle montre sa main. De fait, il y a quelques marques légères sur la peau. Elle aime beaucoup les animaux, elle a dû jouer avec un chien qui l’a gentiment mordillée. «&amp;nbsp;Morsures&amp;nbsp;», c’est beaucoup dire. Mais encore&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Elle raconte. Avec une amie à elle, complice de longue date, elle est allée à l’hôtel La Résidence du Vieux-Port où descendent tous les artistes qui doivent se produire au théâtre Axel-Toursky (il est annoncé là, du mardi 22 au samedi 26 janvier). À la réception, les deux ingénues ont purement et simplement demandé à voir Léo Ferré. On a appelé l’intéressé dans sa chambre, il a accepté de les recevoir, elles sont montées.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Il y a des choses qui ne se&amp;nbsp;passent décidément qu’à Marseille. Tout de même, c’est un peu gros et le garçon est plutôt du genre sceptique. Alors tombent les arguments définitifs&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il m’a fait écouter la cassette de son prochain disque, qui n’est pas encore sorti. Il y a une chanson, magnifique, où il parle de Manuel de Falla, avec une chanteuse à la fin, je ne sais pas qui c’est. Il y a aussi &lt;i&gt;Les Amants tristes&lt;/i&gt;, mais avec l’orchestre et quand il dit&amp;nbsp;: Crie, crie, crie, il y a le cri de la chanteuse, quelle voix&amp;nbsp;!&amp;nbsp;Et puis &lt;i&gt;La Damnation&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Les Oiseaux du malheur&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Les Étrangers&lt;/i&gt; avec un solo de violon. Il y a d’autres choses aussi&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Bref, il n’y a plus guère de doute, ce doit être vrai puisqu’elle lui décrit par le menu un disque &lt;i&gt;qui n’existe pas encore&lt;/i&gt; et qu’elle n’a pu par conséquent découvrir qu’auprès de l’auteur lui-même (il l’a effectivement enregistré quelques jours plus tôt, les lundi 7 et mardi 8 janvier). Les titres qu’elle cite, on les connaît depuis le disque &lt;i&gt;Seul en scène&lt;/i&gt; et même, on les avait entendus avant sur la scène du Toursky, justement, mais les détails de l’orchestration, ça ne s’invente pas. Et ce texte inconnu, avec la présence de Manuel de Falla, de quoi s’agit-il&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Pour dire quelque chose, il demande si la chanteuse est Danièle Licari, celle qui chante dans le film &lt;i&gt;L’Albatros&lt;/i&gt; et dans le 30-cm &lt;i&gt;Il n’y a plus rien&lt;/i&gt;. Elle répond que non, qu’elle ne croit pas, mais que cette chanteuse-là a une voix formidable. On ne connaît pas encore Janine de Waleyne.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Et notre jeune couple de s’en aller vers l’arrêt d’autobus, emprunter la ligne 4&amp;nbsp;; lui, ébahi par le culot de sa compagne, se dit que, décidément, il n’a pas fini d’en voir avec elle. Ils iront au Toursky, découvriront que Léo Ferré n’est plus accompagné par Paul Castanier, ce qu’ils ignoraient encore. En février, ils achèteront le nouveau 33-tours intitulé &lt;i&gt;L’Espoir&lt;/i&gt; et découvriront Mathieu Ferré sur la pochette.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Trois jeunes timides</title>
<link>http://leoferre.hautetfort.com/archive/2008/01/21/trois-jeunes-timides.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Jacques LAYANI)</author>
<category>Souvenirs</category>
<pubDate>Mon, 21 Jan 2008 00:00:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Marseille, février 1971. Les trois amis déjà évoqués ici se dirigent vers le théâtre Axel-Toursky où Léo Ferré va chanter pour la première fois. C’est l’après-midi, ils vont, au hasard, voir s’il se passe quelque chose.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Le Toursky est alors une école désaffectée. Richard Martin a récupéré les anciens fauteuils, réformés, de l’Opéra de Marseille&amp;nbsp;: des sièges de bois. Il a vingt-huit ans, les cheveux aux épaules et de l’enthousiasme. Il a commencé l’année précédente à faire vivre ce nouveau lieu de spectacle. C’est Ferré qui, cinq soirs de suite (dont quatre sans cachet), va lancer véritablement la salle et faire découvrir aux Marseillais le chemin du 22, rue Édouard-Vaillant (téléphone 50 75 91), où s’ouvre un passage qui sera, longtemps plus tard, baptisé Passage Léo Ferré. Pour le moment, des cartons d’œufs tapissent les murs et servent à l’insonorisation. Dans sa loge, la gardienne vend les billets. Un jour, l’éclairagiste, Michel Tzicuris, voulant réparer ou régler un projecteur, tombera du haut des cintres sur les fauteuils et se tuera. Longtemps, son portrait demeurera dans la salle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Sur la droite, les issues dites de secours sont des portes donnant directement dans le passage en question, sans le moindre couloir. Elles sont ouvertes. L’un des trois, timidement, entrouvre le battant et passe le bout du nez dans la salle&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il est là&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Ils se concertent, hésitent, sont littéralement mangés par la timidité mais ils décident d’entrer et se tiennent debout, près de la porte, tentant de se confondre avec le mur. Oui, «&amp;nbsp;il&amp;nbsp;» est là et la candeur des dix-neuf ans (même pas, dix-huit et des poussières) des trois camarades n’en revient pas. Un type à moustaches, cheveux longs, portant beau, règle les lumières&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Envoie-moi un peu de rouge&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;Tu m’envoies du bleu, par là&amp;nbsp;». C’est Frot. Puis Léo Ferré, sans lâcher sa cigarette allumée, vient, les bras croisés, faire «&amp;nbsp;la balance&amp;nbsp;». Il chante uniquement quelques vers des &lt;i&gt;Poètes&lt;/i&gt;, puis, à quelqu’un de la régie&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Ça va, comme ça&amp;nbsp;?&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Ils s’enhardissent encore, nos trois gamins. Ils vont s’asseoir dans une rangée de fauteuils, au milieu, bien dans l’axe de la scène. Oh, du bout des fesses, et encore. Ferré reçoit un journaliste à qui il déclare, lors de la conversation&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;J’ai de jeunes amis dans la salle. Il est quatre heures de l’après-midi, ils sont venus me voir…&amp;nbsp;» Tiens, ils ne sont donc pas passés inaperçus, les trois qui se pensaient discrets.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Quelqu’un, ensuite, arrive du fond de la salle&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Léo, téléphone&amp;nbsp;!&amp;nbsp;» Soit. L’artiste, docile, descend de scène et se dirige vers le récepteur. Il passe dans la rangée située juste derrière les trois jeunes qui, &lt;i&gt;spontanément&lt;/i&gt;, se lèvent. L’artiste, très gentiment : «&amp;nbsp;Ne vous dérangez pas&amp;nbsp;». Ils n’avaient pas à se lever puisqu’il passait derrière eux, mais ce fut instinctif.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Dans l’entrée – un minuscule bout de couloir où, avant le spectacle, le public s’entasse – une affiche est dédicacée&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;À Richard Martin, le Dullin de la Belle-de-Mai. Fraternellement, Léo Ferré&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Un souvenir encore émerge de ce moment. Sur la scène, Ferré est debout devant le piano. Il joue quelques mesures puis, définitif&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Il est faux&amp;nbsp;». Il est encore tôt et l’accordeur, sans doute, était-il en chemin.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Très impressionnés par cette après-midi, les trois garçons remettront ça l’année suivante, quand Ferré sera annoncé les 9 et 10 mars 1972 au Palais des Congrès, mais cela a déjà fait l’objet de la note &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/archive/2006/12/16/les-pops.html&quot;&gt;Trois amis et les pops&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Gilbert Sigaux</title>
<link>http://leoferre.hautetfort.com/archive/2008/01/12/gilbert-sigaux.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Jacques LAYANI)</author>
<category>Souvenirs</category>
<pubDate>Sat, 12 Jan 2008 00:00:00 +0100</pubDate>
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&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-768255&quot; src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/media/00/02/4abe21b2a37231c9157848a851e89464.jpg&quot; alt=&quot;ed589c7df6f0f5dd356ff8a34f57ac55.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-768255&quot; /&gt;Dans les années 60, j’étais adhérent d’un club de livres, les éditions Rencontre à Lausanne. Plus exactement, ma mère m’avait abonné. Un club de livres intelligent&amp;nbsp;: j’ai découvert, dans ses collections, Baudelaire, Stendhal, Poe, Hemingway, Lamartine, Swift, excusez du peu. Et aussi Dumas et Daninos. Ces deux derniers étaient préfacés par Gilbert Sigaux. C’est ainsi que j’ai connu ce nom. Sigaux avait aussi été l’éditeur, au sens anglo-saxon du terme, de Simenon, entre autres. Et, pour le Cercle du Bibliophile, de Mac Orlan. J’en passe. La seule consultation de Google fait ressortir la très grande quantité d’éditions et de commentaires qui lui sont dus.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-768254&quot; src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/media/00/01/013236e6229c9756506a72d4cb3f61ce.jpg&quot; alt=&quot;79017dbdd85fb8a05ce0931dfcd36fc1.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-768254&quot; /&gt;Noël 1970. Je passe, avec deux camarades, une semaine à Paris. Nous logeons à trois dans une chambre pour un, louée quinze francs la nuit dans un hôtel minable de la montagne Sainte-Geneviève, face à ce qui était alors Polytechnique et qui est devenu une des implantations du ministère de l’Éducation nationale. Il neige. Incorrigible méridional, je n’ai rien prévu, je suis vêtu d’un petit blouson de skaï, d’une écharpe synthétique et chaussé de mocassins. Mais j’ai dix-huit ans et je n’ai pas froid. &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Le train du retour sera bloqué par la neige, dans la nuit, à hauteur de Montélimar. Nous n’avons plus un sou, rien à manger, plus de cigarettes – juste un paquet d’un immonde scaferlati que nous brûlons dans nos pipes (j’en ai acheté une quelques jours auparavant à un éventaire, boulevard Saint-Michel). Mon royaume pour une gauloise. Il n’y a ni lumière ni chauffage dans le compartiment. Dormir, que faire d’autre&amp;nbsp;? Le train arrivera à Marseille à quatre heures du matin, au lieu de minuit, soit onze heures de voyage au lieu de sept. En attendant, nous sommes à Paris.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Le 29 décembre, à la librairie du &lt;i&gt;Monde libertaire&lt;/i&gt;, dite «&amp;nbsp;Publico&amp;nbsp;», alors sise rue Ternaux dans le onzième arrondissement, je découvre les premiers numéros de la revue &lt;i&gt;La Rue&lt;/i&gt;, publiée par le groupe Louise-Michel de la Fédération anarchiste. Et, sur un rayon, je trouve un album de 1962, le &lt;i&gt;Léo Ferré&lt;/i&gt; de Sigaux, publié à Monte-Carlo par les éditions de l’Heure, dans la collection «&amp;nbsp;Les albums de la chanson&amp;nbsp;» (n° 4), ouvrage qui devait être là depuis huit ans peut-être. C’est un peu comme si deux mondes s’étaient rejoints. Il coûtait initialement 6 NF 90 et je crois me souvenir qu’on me le vendit au même prix. De très nombreuses années plus tard, je découvrirai qu’il existe aussi une édition cartonnée. À la lecture du livre – énormément illustré pour l’époque et d’une qualité technique alors peu courante dans la reproduction des photographies – je m’aperçois que, selon toute vraisemblance, Sigaux a connu Ferré et les siens. Ce n’est pas un travail «&amp;nbsp;extérieur&amp;nbsp;». Il dit même avoir entendu l’artiste chanter le poème &lt;i&gt;Madeleine&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Rappelle-toi&lt;/i&gt;), qui n’a jamais été enregistré ni, je crois, chanté en scène. Il ne peut donc s’agir que d’une audition privée. Or, et c’est curieux, le nom de Sigaux n’apparaît plus jamais dans l’histoire de Léo Ferré, à l’exception d’une mention dans &lt;i&gt;Les Mémoires d’un magnétophone&lt;/i&gt;, où il est question d’un roman de lui, intitulé &lt;i&gt;Fin&lt;/i&gt;, qui fut publié en 1951. J’ai lu un jour ce livre, qui ne m’a pas passionné. Autrement, plus rien.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;img name=&quot;media-768245&quot; src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/media/00/01/d78f6a8e02b8aa44cb6da696486288c2.jpg&quot; alt=&quot;1a7986b6c15b90d75d62cfb2385436fb.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; id=&quot;media-768245&quot; /&gt;Sigaux est mort en 1982 et sa bibliothèque &lt;a href=&quot;http://www.library.vanderbilt.edu/central/sigaux/exhibit/index.htm&quot;&gt;a été acquise&lt;/a&gt;. Je n’ai jamais su dans quelles circonstances il avait approché Léo Ferré, ni ce qui avait décidé de la rédaction de son livre. Une idée de sa part&amp;nbsp;? Une commande de l’éditeur&amp;nbsp;? Je n’ai aucune lumière sur la question et c’est pourtant le genre de chose que j’aime bien comprendre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Chez le disquaire</title>
<link>http://leoferre.hautetfort.com/archive/2007/10/10/chez-le-disquaire.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Jacques LAYANI)</author>
<category>Souvenirs</category>
<pubDate>Wed, 10 Oct 2007 00:00:00 +0200</pubDate>
<description>
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Les trois camarades dont, souvent, il a été question ici, regardaient régulièrement la vitrine du disquaire Raphaël, sur la Canebière. Un disquaire disparu depuis longtemps déjà, comme la quasi-totalité de cette profession. On n’allait pas acheter un disque, on allait chez Raphaël comme, pour faire l’acquisition d’un livre, on allait chez Flammarion (ou chez Tacussel, ou chez Maupetit, ou chez Laffitte, mais surtout chez Flammarion), juste un peu plus haut sur l’avenue. Des mythes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Le magasin Raphaël – un temple de trois niveaux – employait entre autres personnes une jolie fille dont on a «&amp;nbsp;oublié le visage et la voix&amp;nbsp;» comme dit la chanson, et cette charmante personne se trouvait «&amp;nbsp;sortir avec&amp;nbsp;» un ami des trois camarades. Lesquels, dans leur candeur juvénile, ne firent ni une ni deux et s’en allèrent, quelque jour, chez le dit Raphaël prier la jeune femme de leur faire écouter un disque de Léo Ferré.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;L’époque était aux cabines d’écoute individuelles à portes battantes de bois clair. La vendeuse disposait le disque sur une table de lecture située où&amp;nbsp;? et on l’écoutait, sans gêner personne, dans la cabine, avec un matériel d’une qualité évidemment bien supérieure à celle des tourne-disques des parents. Ils se tinrent à trois dans l’étroit logement, tandis que la chanson s’élevait. De quel disque s’agissait-il&amp;nbsp;? Oublié, comme le reste. Mais l’adorable les avait prévenus&amp;nbsp;: elle ne pouvait pas faire durer l’audition au-delà de quelques instants. Pas question de demander le disque complet. Ce furent des instants pris, comme ça, au vol, par les trois jeunes gens.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Est-il possible aux jeunes d’aujourd’hui de comprendre cela&amp;nbsp;? En un temps où l’on achète des «&amp;nbsp;intégrales&amp;nbsp;», comment faire admettre que les disques étaient précieux parce que chers, qu’on n’en possédait pas beaucoup et qu’une chanson ainsi écoutée, c’était formidable&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Au salon du Livre</title>
<link>http://leoferre.hautetfort.com/archive/2007/06/15/au-salon-du-livre.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Jacques LAYANI)</author>
<category>Souvenirs</category>
<pubDate>Tue, 19 Jun 2007 00:00:00 +0200</pubDate>
<description>
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Jeudi 19 mars 1987.&amp;nbsp;Au salon du Livre de Paris, qui&amp;nbsp;se tient alors au Grand-Palais, sur le stand des éditions Laffont-Seghers, Léo Ferré signe les deux volumes qui lui sont&amp;nbsp;consacrés dans la collection «&amp;nbsp;Poètes d’aujourd’hui&amp;nbsp;». Françoise Travelet, à ses côtés, dédicace avec lui&amp;nbsp;le n° 93-2, sous-titré «&amp;nbsp;Les Années-galaxie&amp;nbsp;». La foule est considérable et, comme toujours, elle mêle plusieurs générations. On ne fait pas signer que les ouvrages en question&amp;nbsp;: on a aussi apporté des disques, des cassettes, des affiches roulées, d’autres livres. On parle. Une dame évoque une connaissance lotoise commune. Comme souvent, on demande à Ferré son soutien pour diverses causes, on lui remet des&amp;nbsp;textes militants (cahiers traitant de pédagogie libertaire, documents relatifs aux droits de l’homme en Algérie), on lui expose des problèmes. Il écoute tout le monde. Il y a rupture de stock, il faut attendre de nouveaux exemplaires. Sur le stand, se trouvent des employés de la maison d’édition ; l’ami Richard Marsan ; le jeune homme dont nous avons déjà parlé ici et qui, dans l’intervalle, a atteint l’âge de trente-cinq ans ;&amp;nbsp;et Bernard Delvaille, alors directeur de la célèbre collection fondée par Pierre Seghers en 1944.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;De l’autre côté de l’allée, se dresse le stand du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt; où d’élégantes hôtesses&amp;nbsp;reproduites à la photocopieuse attendent d’avoir quelque chose à faire. À une table, le poète Alain Bosquet signe ses ouvrages. Il n’y a pas un chat. Rien. Personne. Bosquet avait eu un jour cette phrase&amp;nbsp;:&amp;nbsp;«&amp;nbsp;J’ai pour Georges Brassens et Léo Ferré, en particulier, une méfiance extrême. Ils empêchent les gens d’aller&amp;nbsp;à la véritable poésie. Mieux vaut qu'ils se taisent&amp;nbsp;». Je ne connais pas, malheureusement, les références initiales de cette déclaration qui a été citée par &lt;em&gt;Le Crapouillot&lt;/em&gt; (nouvelle série, n° 53, hiver 1979), ce curieux journal anti-conformiste lorsqu’il fut fondé par Galtier-Boissière dans les années 30, d’idées plutôt «&amp;nbsp;avancées&amp;nbsp;» comme on disait lorsque Jean-Jacques Pauvert le reprit dans les années 60, et devenu d’extrême-droite dans le giron de &lt;i&gt;Minute&lt;/i&gt;, par la suite. Ce qui explique que Ferré, qui avait participé au numéro d’hommage de 1965, fut ensuite la cible régulière de cette publication.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;La situation est donc la suivante&amp;nbsp;: Ferré, qui «&amp;nbsp;empêche les gens d’aller à la véritable poésie&amp;nbsp;» a en face de lui une queue très importante&amp;nbsp;; Bosquet, qui est certainement, lui, un «&amp;nbsp;poète véritable&amp;nbsp;» selon une définition qu’il n’a jamais donnée, n’a personne.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;On peut penser, &lt;i&gt;a contrario&lt;/i&gt;, que cet état de fait donne justement raison à Bosquet. On peut aussi s’amuser à observer cela, sans en tirer de conclusions excessives. &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Je ne pense pas que Ferré ait vu Bosquet&amp;nbsp;: il est arrivé au salon et s’est rendu directement sur le stand où il était attendu. Je ne crois pas non plus que Bosquet ait seulement su la présence de Léo Ferré ce jour-là.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Le Grand-Palais est glacial. Après une signature de deux heures, deux entretiens avec des journalistes et l’écriture d’un texte de présentation pour le catalogue d’un ami peintre (de mémoire, il doit s’agir de Dominique Baur mais je n’en suis pas absolument certain), Léo Ferré va fureter un moment, en compagnie de Marie,&amp;nbsp;dans les rayons de livres et part chanter dans une salle des fêtes de banlieue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Ferré est mort, Marsan est mort. Delvaille a été retrouvé mort en 2006, à Venise. Le jeune homme est mort dans la peau de l’homme mûr, à moins que le jeune homme soit mûr dans sa peau d’homme mort.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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<title>Une conversation avec The Owl</title>
<link>http://leoferre.hautetfort.com/archive/2007/03/13/une-conversation-avec-the-owl.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Jacques LAYANI)</author>
<category>Souvenirs</category>
<pubDate>Tue, 13 Mar 2007 00:00:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;The Owl m’a adressé un message comprenant plusieurs questions appelant des développements. Je me suis dit que les réponses pouvaient éventuellement intéresser d’autres que lui et, avec son accord naturellement, j’en ai fait la note que voici.&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/thumb_UN5DB6_6.jpg&quot; alt=&quot;medium_UN5DB6_6.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;The Owl&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;span&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;–&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Est-ce qu’entre fans, durant la période 1968-1975 qui a vu une évolution à grande vitesse de l’œuvre ferréenne, vous spéculiez sur cette évolution ? Genre après&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Amour Anarchie&lt;i&gt;, pressentiez-vous le virage rock de Ferré ?&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Le taulier&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;– Un préalable&amp;nbsp;: le terme de «&amp;nbsp;fan&amp;nbsp;» ne peut convenir ici car, s’il existait effectivement, il était vécu comme honteux et exclusivement appliqué à la chanson commerciale à laquelle le «&amp;nbsp;yé-yé&amp;nbsp;» avait précédemment ouvert la voie. La chanson dite «&amp;nbsp;à texte&amp;nbsp;» était pour nous la chanson tout court et le mot de «&amp;nbsp;fan&amp;nbsp;» évidemment récusé. Aucun terme, d’ailleurs, ne le remplaçait.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Non, on ne pressentait pas le «&amp;nbsp;virage rock&amp;nbsp;» de Léo Ferré. Il faut dire qu’en ce qui me concerne, ayant découvert son œuvre en 1969, comme je l’ai dit de multiples fois, j’ai passé l’époque dont vous parlez à suivre ce qu’il faisait et, en même temps, à remonter le temps. Si bien que toutes ses facettes me sautaient au visage dans le même moment. À l’époque déjà, je refusais le découpage en rondelles des hommes et des œuvres et, par conséquent, j’acceptais tous ces visages, tous ces registres, sans étonnement majeur, sinon celui qu’on peut légitimement éprouver devant une telle créativité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Comment les fans ont reçu à l’époque un disque déroutant comme&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Et… basta&amp;nbsp;! &lt;i&gt;?&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Réponse similaire. Au moment où je découvre &lt;i&gt;Et… basta&amp;nbsp;!&lt;/i&gt;, je découvre en même temps des disques plus anciens. J’ajoute que je découvre aussi les œuvres de plusieurs autres chanteurs, auteurs, sculpteurs, peintres, dans la même &lt;img src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/thumb_Untitled-1.10.jpg&quot; alt=&quot;medium_Untitled-1.15.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;période. C’est un âge où l’on engrange la connaissance – sans toujours être à même de faire un tri, d’ailleurs, ou d’avoir du recul – et où tout rentre facilement, délicieusement, en vous. L’apprentissage culturel (je rappelle que je suis en grande partie autodidacte), pour moi en tout cas, était facile et joyeux. &lt;i&gt;Et… basta&amp;nbsp;!&lt;/i&gt; m’a semblé tout à fait naturel, pas déroutant du tout. Un seul long texte dans un disque, un texte mêlant divers types d’écriture et un accompagnement spécifique, pourquoi pas&amp;nbsp;? Je suis extrêmement éclectique et, dès l’abord, l’éclectisme de Léo Ferré (langue, musique) m’avait paru tout naturel. Je ne suis peut-être pas, finalement, la personne à qui il faut poser ce genre de question. Mes amis étaient aussi curieux de tout ça, naturellement, mais moins que moi, ou différemment. Et puis, avec moi, on ne restait jamais plus de dix minutes (et encore) sans parler de Léo Ferré, alors, au bout d’un moment, ça les embêtait et ils se moquaient (gentiment).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Vous êtes-vous dit que c’était un point-limite ? Quand vous avez découvert la noirceur de ce disque, avez-vous craint que Ferré n’arrête de chanter définitivement (cela semble avoir été le ressenti de Belleret, si l’on en croit sa bio)&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Non, personne ne s’est dit cela, si je me souviens bien. D’ailleurs, ça ne paraissait pas noir, non. C’était une forme&lt;img src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/thumb_Untitled-2.4.jpg&quot; alt=&quot;medium_Untitled-2.6.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0.2em 0px 1.4em 0.7em; border-width: 0px&quot; /&gt; d’expression, on en attendait d’autres ensuite, c’est tout. Il faut dire qu’à ce moment-là, la création ferréenne était constante, rapide, permanente. Il fallait suivre. Et en scène, il dégageait une telle énergie que rien ne paraissait étonnant. De toute façon, le temps que le public s’habitue à une forme nouvelle (je pense par exemple à la &lt;i&gt;pop music&lt;/i&gt;), et lui était déjà passé à autre chose. Si, si. Le temps que les gens se disent et que ça s’insinue dans leur imaginaire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;Tu as vu&amp;nbsp;? Ferré chante avec Zoo&amp;nbsp;», et il avait arrêté. Donc, &lt;i&gt;Et… basta&amp;nbsp;!&lt;/i&gt;, eh bien, oui, c’était ça et ce n’était pas étonnant, enfin, pas plus que ça. Avec un artiste comme lui, on s’attendait à tout.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Comment avez-vous fait pour «&amp;nbsp;l’assimiler&amp;nbsp;», y trouver une signification ? Était-ce plus facile de se raccrocher à l’époque au contexte intellectuel général ou pas ? Je demande ça, parce qu’aujourd’hui, pour quelqu’un qui ne connaît pas grand-chose de Ferré,&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Et… basta ! &lt;i&gt;est doublement opaque : contexte intellectuel de l’époque, et contexte biographique.&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Oui, c’était plus facile, bien plus facile. Le bouillonnement intellectuel était permanent et la politique et l’art se mêlaient constamment (enfin, dans le milieu de lycéens, d’étudiants, de littéraires, de communistes, de gauchistes et d’anarchistes qui était le mien). L’empreinte surréaliste était forte aussi. On acceptait (on recherchait) le nouveau, l’insolite, le différent, en permanence. &lt;i&gt;Et… basta&amp;nbsp;!&lt;/i&gt; ne nous a jamais paru opaque, hormis, évidemment, quelques allusions biographiques qui ne nous disaient rien, ne nous «&amp;nbsp;parlaient&amp;nbsp;» pas. Car finalement, on savait bien moins de choses, à ce moment-là, qu’aujourd’hui, concernant la vie de Léo Ferré. Et puis, l’&lt;i&gt;actualité&lt;/i&gt; (comprendre&amp;nbsp;: la présence concrète) de Ferré en général et celle de ce disque en particulier les rendaient vivants, brûlants, et permettaient d’assimiler facilement toute forme nouvelle, sinon neuve. Bien entendu, il faut dire que nous étions jeunes, libres de notre temps, sans soucis importants…&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Au-delà de la compréhension directe de certains vers/images/passages, y avait-il des difficultés à «&amp;nbsp;suivre&amp;nbsp;» Ferré dans sa trajectoire ? Je veux dire de la difficulté à comprendre où il voulait en venir, les enjeux de sa démarche, de plus en plus personnelle. Comment perceviez-vous son évolution ?&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/thumb_Untitled-3.2.jpg&quot; alt=&quot;medium_Untitled-3.2.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;Je pense avoir répondu précédemment à ces questions. Quiconque avait suivi sa création récente et remonté le temps pouvait comprendre la place de sa vie dans son œuvre (je veux dire&amp;nbsp;: comme matériau, bien sûr, je suis ici loin de tout biographisme) et l’implication de sa vie d’artiste. On pouvait comprendre, surtout, sa sincérité absolue. Cela induit une confiance et prépare à l’accueil de toute forme d’expression nouvelle. C’est une œuvre et un personnage qui ne m’ont jamais posé de difficulté à les suivre (attention, je n’ai pas dit que je comprenais tout de cette œuvre) parce qu’ils m’ont fasciné très vite.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Aviez-vous conscience que ce qui vous échappait renvoyait à la vie privée de Ferré ou était-ce seulement une sorte d’hermétisme poétique ?&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Là aussi, je crois avoir répondu. En tout cas, on comprenait bien que cet hermétisme poétique était intimement lié à l’artiste lui-même, l’homme. Ce n’était pas gênant&amp;nbsp;: tout artiste authentique est impliqué dans sa création et puis, à ce moment-là, tout le monde exigeait de tout le monde une cohérence absolue, ce qui, d’une certaine manière, induisait une implication personnelle dans toute action.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Les fans avaient-ils conscience de la partie immergée de l’iceberg (par exemple la première version du&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Mal-aimé&lt;i&gt;) ?&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;En lisant les livres qui existaient alors – Sigaux et Estienne, le Bertrand étant introuvable et internet n’existant pas – on pouvait en prendre conscience. On pouvait en tout cas en connaître l’existence. Tout le monde ne s’intéressait pas à cette «&amp;nbsp;partie immergée&amp;nbsp;» mais je n’étonnerai personne, je pense, en disant que je cherchais au contraire à tout connaître. Et puis, les maisons de disques n’étaient pas folles. Voyant l’immense succès de Léo Ferré à ce moment-là,&lt;img src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/thumb_Untitled-4.2.jpg&quot; alt=&quot;medium_Untitled-4.2.jpg&quot; style=&quot;float: right; margin: 0.2em 0px 1.4em 0.7em; border-width: 0px&quot; /&gt; et la vague de jeunes qui le découvrait et le portait, elles ont ressorti leurs enregistrements. Ainsi, CBS réédite la première version du &lt;i&gt;Mal-aimé&lt;/i&gt; sous une pochette différente. La matrice d’Odéon ayant été détruite, le nouveau disque est pressé à partir d’un exemplaire de l’ancien. Ce qui avait mis Léo Ferré en fureur. Il jugeait que c’était très mauvais techniquement, c’est pour cela qu’il a refait cet enregistrement chez Barclay. Aujourd’hui, graver un disque à partir d’un autre est monnaie courante parce qu’on sait remastériser, et que la gravure digitale peut même améliorer les choses, mais alors, ce n’était pas possible. C’était une arnaque commerciale. Cela dit, j’ai découvert initialement le premier &lt;i&gt;Mal-aimé&lt;/i&gt; à partir de ce disque «&amp;nbsp;refait&amp;nbsp;» et ça ne m’a pas choqué. De toute façon, je découvrais aussi la musique en général… Et puis, les appareils du moment (les nôtres, en tout cas) n’étaient de toute façon pas capables de restituer l’enregistrement original. On ne souffrait donc pas de la perte de qualité que pouvait constituer cette méthode. Barclay, lui, a ressorti les chansons du Chant du monde orchestrées et nouvellement enregistrées. Le disque original n’était plus disponible à l’époque. La Table Ronde a réédité &lt;i&gt;Poète… vos papiers&amp;nbsp;!&lt;/i&gt;, aussi. Bref, tout le monde «&amp;nbsp;ressortait&amp;nbsp;» du Ferré, lequel Ferré, au même moment, publiait des tas de nouveautés (disques, livres), faisait des tournées conséquentes et inventait des formes nouvelles (Zoo, Glenmor, Charlebois, &lt;i&gt;Et… basta&amp;nbsp;!&lt;/i&gt;, Opéra-Comique, Vence, Palais des Congrès…) sans cesse. Oui, il fallait suivre et puis, on n’avait pas d’argent pour tout ça. J’ai eu longtemps, je l’ai raconté ici, deux disques Verlaine et Rimbaud cassés. J’ai acheté beaucoup de disques d’occasion – je les ai toujours. Nous avons acheté &lt;i&gt;Les Mémoires d’un magnétophone&lt;/i&gt;… à trois. C’était en 1972, un exemplaire découvert par hasard dans une librairie où il se trouvait depuis cinq ans sans doute, il coûtait vingt francs, c’était cher. J’ai demandé à une camarade d’alors de m’aider à acheter la réédition de &lt;i&gt;Poète… vos papiers&amp;nbsp;!&lt;/i&gt; (dix-huit francs), survenue moins de six mois après la parution de &lt;i&gt;Benoît Misère&lt;/i&gt; (vingt francs). Je demande excuse de raconter ça – je ne voudrais pas passer pour un vieux crétin –&amp;nbsp;mais ça existe aussi. Aujourd’hui, on achète des «&amp;nbsp;intégrales&amp;nbsp;», des DVD et on s’envoie des mp3 mais à ce moment-là, un 33-tours, c’était une joie de l’acheter, et c’était rare. Un 45-tours était un cadeau merveilleux. On recopiait des paroles à la main, lorsque l’un d’entre nous (devinez qui) les connaissait par cœur, sur des feuilles de classeur. Quand quelqu’un pouvait copier un disque dans une cassette audiographique (il n’y en avait d’ailleurs pas d’autres), c’était formidable.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Quand Ferré fait du symphonisme sur scène au Palais des Congrès, les fans vivent-ils cela comme un aboutissement artistique ou sont-ils désorientés ? Se demandent-ils ce qui va bien pouvoir suivre ? En d’autres termes, ont-ils conscience que Ferré atteint là ses «&amp;nbsp;limites&amp;nbsp;», son profil d’équilibre ?&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/thumb_Untitled-5.jpg&quot; alt=&quot;medium_Untitled-5.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;Ah, ce spectacle, je ne l’ai pas vu, malheureusement. J’habitais Marseille. Je ne me rappelle pas très bien. Il se trouve que j’avais alors une vie un peu différente parce que je travaillais dans une librairie&amp;nbsp;alors que mes amis étaient étudiants, nous nous rencontrions moins et différemment. J’étais moins libre intellectuellement, aussi. Et sentimentalement, n’en parlons pas… Je précise cela pour bien dire que le contexte avait changé, c’est tout. Mais à la réflexion, non, c’était pour nous encore un avatar de la création ferréenne. À présent, c’était la musique symphonique, voilà. On n’avait strictement aucun recul, on ne savait pas à quel point elle était importante pour lui. Encore une fois, cet homme nous étonnait beaucoup. On ne se demandait donc pas ce qui pourrait suivre, on imaginait une création multiforme, jamais épuisée, une source jamais tarie. Finalement, je crois qu’on recevait avec naturel le résultat d’une activité artistique&lt;span&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; que l’on vivait comme permanente. Il n’y avait pas d’aboutissement, on avait l’impression – mais ça, c’est le propre de la jeunesse – que tout était éternel et que Ferré créerait toujours et que nous serions toujours jeunes. &lt;i&gt;No comment&amp;nbsp;!&lt;/i&gt; Plus prosaïquement, nous ne pouvions pas avoir conscience d’un quelconque équilibre. Ça, c’est le recul qui permet de le penser, maintenant.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/thumb_Untitled-7.jpg&quot; alt=&quot;medium_Untitled-7.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt; &lt;div align=&quot;right&quot; style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;(&lt;em&gt;Théâtre Axel-Toursky, Marseille, décembre 1972. Photos X)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;
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<title>En solitaire</title>
<link>http://leoferre.hautetfort.com/archive/2007/03/04/xxx.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Jacques LAYANI)</author>
<category>Souvenirs</category>
<pubDate>Wed, 07 Mar 2007 00:00:00 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Après sa séparation d’avec Paul Castanier, fin mai 1973, Léo Ferré, on le sait, continue seul. Il n’aura plus jamais d’autre pianiste. Il emploiera des bandes enregistrées et s’accompagnera lui-même, comme il l’avait fait autrefois, au temps des cabarets. C’est ainsi que le public qui n’était bien sûr pas au courant découvrira un jour, en s’installant dans la salle, un piano disposé non pas sur le côté, mais au milieu de la scène, à quelques pas du micro central. Curieux… Que se passe-t-il&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Ferré est entré en scène, a chanté &lt;i&gt;a capella&lt;/i&gt;&amp;nbsp;le tout-début de &lt;i&gt;Pauvre Rutebeuf&lt;/i&gt;. Après le vers «&amp;nbsp;Les emporta&amp;nbsp;», il a mis&amp;nbsp;un doigt sur ses lèvres pour demander le silence et s’est assis au piano, enchaînant avec la première chanson. Les quelques vers de Rutebeuf constituaient une réponse par anticipation aux questions que se posaient les spectateurs. C’est tout ce que le public saura de cette séparation.&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;C’est le souvenir essentiel que conservent &lt;a href=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/archive/2007/03/02/%C2%AB-c%E2%80%99est-pas-moi%E2%80%A6-%C2%BB.html&quot;&gt;les trois amis&lt;/a&gt;&amp;nbsp;de cette soirée de janvier 1974 au théâtre Axel-Toursky, à Marseille. Ferré seul en scène, vraiment seul en scène.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Le théâtre ne disposait pas, semble-t-il, d’un tabouret de piano&amp;nbsp;: l’artiste est assis sur une chaise, comme en témoigne cette mauvaise photographie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/medium_Untitled-1.12.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/medium_Untitled-1.12.jpg&quot; alt=&quot;medium_Untitled-1.12.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Et il alterne&amp;nbsp;: assis à son clavier, debout derrière son micro, comme le découvriront les plus jeunes durant un peu moins de vingt ans encore. C’est la seule image de ses récitals qu’ils connaîtront.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: center&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;a target=&quot;_blank&quot; href=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/medium_Untitled-25.jpg&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/images/medium_Untitled-25.jpg&quot; alt=&quot;medium_Untitled-25.jpg&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Tahoma&quot;&gt;«&lt;/span&gt; C&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Tahoma&quot;&gt;’&lt;/span&gt;est un rendez-vous à ne pas manquer avec cet authentique poète qui ne cesse de crier sa colère ou son espoir ;&amp;nbsp;son amour ou sa haine. Seul en scène, il nous revient pour cinq soirées en ce début d'année 1974. Lui, qui dès le départ a cru en la démarche de Richard Martin, marque son attachement au théâtre Toursky &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Tahoma&quot;&gt;», &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Tahoma&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;annonce la presse [1].&lt;/span&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;« Un Ferré qui a signé avec Richard Martin un pacte de qualité, de lutte et de confiance&amp;nbsp;» ajoute, quelques jours plus tard, le même journal [2]. &lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;On loue à la librairie La Touriale, boulevard de la Libération, à la maroquinerie Dallest, cours Belsunce, et au théâtre. Les places coûtent quinze francs.&lt;/span&gt; Jean-René Laplayne relèvera ensuite qu’«&amp;nbsp;il arrive seul en scène. Une image de prophète. Aucun musicien&amp;nbsp;: les accompagnements sont pré-enregistrés. Entre piano et micro, le temps de vingt-cinq chansons et textes, Léo Ferré a fait, une fois de plus, hier soir, surgir de sa tête et de son cœur l’univers d’une «&amp;nbsp;poésie qui se bat&amp;nbsp;»&amp;nbsp;(…) Hier soir, le théâtre Toursky avait son plein de jeunesse. Face à elle, enchaînant sans un mot de chanson en chanson et de texte en chanson, Léo Ferré était bien ce prophète qui lui annonçait à la fois l’amour et le malheur, qui dessinait pour elle un monde à sa mesure et lui donnait même rendez-vous dans dix siècles [3]&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;Pour des gens comme moi, c’est une des&amp;nbsp;quatre variantes&amp;nbsp;: avec &lt;a href=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/archive/2007/01/16/de-mejean-a-castanier.html&quot;&gt;Popaul&lt;/a&gt;, avec le &lt;a href=&quot;http://leoferre.hautetfort.com/archive/2006/12/16/les-pops.html&quot;&gt;groupe Zoo&lt;/a&gt;, seul, avec orchestre symphonique. D’autres, plus âgés certainement, auront connu la petite formation qui l’accompagnait autrefois au Vieux-Colombier, à l’Alhambra ou à l’ABC, par exemple. Auparavant, il y avait eu le tandem Castanier-Cardon, piano et accordéon, ou le trio Castanier-Cardon-Rosso, piano, accordéon et guitare. Plus anciennement, on retrouve Ferré seul au piano : la boucle se ferme.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;___________________&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;[1]. &lt;em&gt;Le Soir&lt;/em&gt; (de Marseille) du 12 janvier 1974.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;[2]. &lt;em&gt;Le Soir&lt;/em&gt; (de Marseille) du 22 janvier 1974.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;[3]. &lt;em&gt;Le Soir&lt;/em&gt; (de Marseille) du 23 janvier 1974.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;em&gt;(Théâtre Axel-Toursky, Marseille,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;right&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 8pt; font-family: Verdana&quot;&gt;&lt;em&gt;entre le 22 et le 26 janvier 1974. Photos X)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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