dimanche, 25 novembre 2007

Léo Ferré et les surréalistes : nouveaux éléments

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De nouveaux documents provenant des archives d’André Breton ont été récemment rendus publics, en particulier une partie de sa correspondance « passive » (« reçue », dans le jargon des archivistes) émanant de Léo Ferré ou d’autres personnes qui font référence à Léo Ferré. Ces documents éclairent d’un jour nouveau toute l’histoire qui eut lieu entre les deux hommes. Il s’agit bien évidemment de sources de première main, absolument indubitables puisque reproduites intégralement et en fac-similé, ce qui évite d’éventuelles erreurs de transcription. J’ai pris connaissance de l’ensemble de ces lettres rigoureusement inédites et il m’est apparu qu’elles permettaient d’approfondir le sujet sur trois points : la nature de l’amitié qui exista entre Breton et les Ferré ; l’histoire du ballet La Nuit ; l’affaire de Poète… vos papiers ! et son écho chez les surréalistes. Je me propose par conséquent d’établir une synthèse appuyée sur des extraits de ces échanges, étant bien entendu que l’intégralité des documents cités est consultable en ligne sur le site officiel L’atelier d’André Breton ou sur celui de Patrick Dalmasso, Léo on the web.

Je dois, avant de commencer, supposer connus la chronologie générale de l’histoire et les faits matériels, tels que j’ai tenté de les reconstituer précédemment dans un livre, Les Chemins de Léo Ferré, notamment au travers des deux récits intitulés Léo Ferré et les surréalistes et De La Nuit à L’Opéra du pauvre [1]. Il ne s’agit évidemment pas, ici, d’auto-promotion, mais seulement de ne pas redire toujours les mêmes choses. En effet, les nouveaux documents ne modifient pas le déroulement factuel de mes textes. En revanche, ils vont permettre d’aller plus loin.

 

L’amitié

Une carte de visite non datée – mais manifestement la plus ancienne dans la collection qui est offerte – indique : « Cher monsieur André Breton, je ne veux pas que vous achetiez mon nouveau disque. C’est pour cela que tout simplement et de tout cœur je vous l’envoie. Léo Ferré ». C’est ainsi que commencent les choses. On imagine, selon toute vraisemblance, que cette carte et le disque furent envoyés après l’entrevue de 1955 à l’Olympia avec Jean-Claude Tertrais, missionné par Breton pour signifier à Ferré son désir de le rencontrer. Le « cher monsieur » indique encore une distance polie.

Au début de l’année 1956, a lieu la rencontre physique. Breton vient dîner boulevard Pershing. Ferré a souvent fait allusion à cette première rencontre. On apprend aujourd’hui, grâce à ce fonds, qu’il était accompagné d’Élisa, son épouse, et de sa fille Aube, et que Ferré les a ensuite raccompagnés. Il n’était pas encore revenu que, déjà, Madeleine prenait la plume : « Jeudi, 2 h [du matin] » est la date de la lettre dans laquelle elle se félicite de cette rencontre, de cette amitié nouvelle, et remercie le poète avant de s’inquiéter de ce que, peut-être, son mari et elle ont trop parlé d’eux-mêmes durant la soirée. Dès son retour, Ferré lui-même écrit une autre lettre : « Jeudi matin… avant l’Aube… Cher André, vous voyez, je ne tarde pas à vous appeler André… ça m’est très facile… et je vous remercie de me l’avoir demandé. Je rentre et Madeleine m’a devancé ! C’est bien la première fois que cela lui arrive, d’avoir le besoin d’écrire à pareille heure… Considérez sa lettre comme une lettre d’amour… Nous désespérions de trouver des amis. Nous laissons croire aux fâcheux que nous sommes très occupés ! Pour vous, à partir de cette minute, nous sommes toujours libres. Je suis votre ami et votre frère, André… et nous n’avons qu’une famille : celle de la lumière et de l’intelligence du cœur. Dites à votre femme mon amitié et à votre fille qu’elle est un peu notre fille. Je vous embrasse bien bien volontiers. Léo Ferré ».

J’ai toujours pensé que Breton était un des rares – le seul, peut-être – à avoir vraiment impressionné Léo Ferré, qui a dû s’émerveiller d’avoir connu un personnage aussi exceptionnel. Les lettres dont on dispose maintenant confirment ce sentiment. En les lisant dans l’ordre chronologique (quelques unes, non datées, peuvent, par leur contenu, être situées au plus près), on observe une véritable fascination qui n’est pas courante chez Léo Ferré. Il a souvent dit son amitié pour telle ou telle personne, il n’en a jamais écrit comme ici.

À tel point qu’on se demande – je me le demande de plus en plus – si un rapport père-fils, évidemment inconscient, ne s’est pas créé. Ce n’est absolument pas péjoratif et ce n’est pas déprécier l’un ou l’autre que d’estimer qu’une différence d’âge de vingt ans (Breton est né en 1896) a pu jouer en faveur d’une compréhension recherchée par Ferré, dont on sait qu’il en a toujours voulu à son père de ne l’avoir pas compris. Selon Céline Caussimon, Ferré lui aurait confié que, sur son lit de mort, en 1973, Joseph Ferré avait encore demandé à son fils, alors au sommet de sa popularité, pourquoi il n’était pas devenu avocat. Or, voici que, brusquement, un aîné combien prestigieux et talentueux s’intéresse à lui et lui parle d’amitié passionnée (le mot et le soulignement sont de Breton, on le sait, dans sa dédicace de la carte du ciel de Ferré, établie avec sa fille Aube et datée du 18 février 1956).

Madeleine se met à lire Breton à fond. Trois livres à la fois. Léo Ferré et elle écrivent une lettre commune datée « Samedi 11 h soir » [6 février, date de la poste]. Ferré note entre autres : « Je ne veux pas que vous me disiez « Soyons simples » quand je vous parle d’Arcane 17. Je veux que vous m’y regardiez enfoui jusqu’au cou et que vous soyez heureux de la joie que vous me donnez car je ne lis que très peu, André, et tout m’indiffère, sinon une certaine bonté de l’homme ; et vous êtes la première intelligence bonne que je rencontre ». Le mardi 14 (la lettre indique « Mercredi soir 14 février 1956 » par  erreur – ou bien alors, il s’agirait du mercredi 15), Ferré écrit de Bruxelles où il chante au cabaret et propose d’organiser « une grande conférence sur le Surréalisme avec textes dits par Madeleine », lui-même chantant « par ci, par là ». Cela n’aura jamais lieu, mais il est intéressant d’observer que, chaque fois qu’il se trouve avec des artistes qu’il estime, Ferré ne tarde pas à évoquer des réalisations communes. La proposition qu’il fera en 1969 à Brel et Brassens d’un récital à trois perd en cela beaucoup de l’originalité qu’on lui a toujours supposée – et ce qu’il expose à Breton est d’une autre mesure.

Une certaine intimité est vite perceptible. Breton initie les Ferré à la fréquentation des salles des ventes : « L’autre jour à l’hôtel Drouot où nous sommes allés « regarder » quelques vacations, il y avait votre admirable double entre nous, ce double que vous avez eu la bonté de déposer au 28, boulevard Pershing, avant de prendre le train pour vos vacances », lui écrit Ferré « vendredi soir 22 juin 1956 », ajoutant un peu plus loin : « De cette vente à Drouot, Madeleine a rapporté deux énormes vases en bronze, de Chine. Elle dit que c’est barbare… moi, je ne m’y suis pas encore habitué et si je les trouve barbares aussi, ce n’est peut-être pas dans le même esprit. Ils sont très envahissants. Madeleine les imagine pareils à ce qu’elle croit être des récipients à laisser macérer des têtes (cf. les réducteurs !) » Il semble qu’il y ait eu invitation lancée par Breton pour séjourner chez lui, à Saint-Cirq-Lapopie (Lot) : « Chère Élisa, attends un peu pour aller chez les antiquaires du Lot. Nous ne manquerons pas le rendez-vous promis ! » Cette même lettre apprend qu’il y eut entre eux des discussions sur le Moyen-Âge. En conclusion de cette missive de deux grandes pages, Ferré écrit : « Vous êtes gâté ! Je n’écris JA-JA-JAMAIS… qu’à vous. Ou alors, c’est la barbe et le pensum ». Madeleine ajoute, quant à elle, deux autres pages datées « La maison, ce soir, 10 h » dans la même enveloppe. On y lit une chose ahurissante : « J’en étais même venue à haïr « l’Idée » de vous avoir donné cette veste (tant je vous voulais du velours flatteur près de vos cheveux gris !). Je me disais : « André n’a pas été content que je l’habille de force et à ma guise ! » » Elle paraît ici complètement séduite par celui qu’elle appelle au début de sa lettre « André chéri » et pour qui elle va jusqu’à acheter des vêtements selon son goût à elle. Et puis, voici un télégramme déposé à Paris le 27 juin à 16 h 22, parvenu à Saint-Cirq-Lapopie à 18 h 15 : « L’objet est à la maison. Envoyez 97. 000 francs à maître Rheims. Lettre suit. On vous embrasse. Madeleine ». D’évidence, il est ici question d’un achat en salle des ventes, fait au nom de Breton en son absence. Intimité, comme, encore, ce carton qui a dû être punaisé sur une porte : « On arrive. Madeleine. Léo », message non daté écrit de la main de Léo Ferré, témoignant de rapports libres, simples. Breton est attendu, les Ferré doivent s’absenter, ils lui laissent un mot, sachant qu’il patientera et ne s’offusquera pas.

 

Le « feuilleton lyrique » La Nuit

La lecture de cette correspondance permet de se rendre compte de l’importance que le ballet La Nuit a eu pour Ferré et son épouse. La première fois où Ferré évoque ce travail se situe le lundi 16 juillet, dans une lettre à Breton qu’il rédige au château de Costaérès, bâti sur une île, sur la commune de Trégastel-Ploumanac’h, château qu’il loue pour les deux mois d’été : un château construit au XIXe siècle dans un faux style médiéval par l’auteur de Quo Vadis ? Il est venu là parce que son épouse aime la mer et parce qu’il lui fallait un piano. Pour toutes ces raisons, ils n’ont pas choisi le chalet des Alpes où, jusque là, ils passaient leurs vacances. Ferré doit en effet livrer La Nuit le 15 septembre. Il donne à Breton quelques indications sur ce que sera ce « feuilleton lyrique » et ajoute : « Je souhaite que cela vous plaise ! » Il invite ensuite Breton à venir les retrouver, l’assurant qu’il viendra le chercher à la gare de Lannion, s’il consent à abandonner le Lot où il se trouve alors. Le 30 juillet, Madeleine insiste, dans une carte postale représentant le château : « Espérons que vous allez crever de chaleur et vous décider à venir ». Ironie du sort, c’est dans le Lot, qu’ils ne connaissent pas encore, que les Ferré s’installeront eux-mêmes sept ans plus tard.

Une lettre de Madeleine, datée « Verneuil [2], 14 septembre, 2 h… La Nuit » précise à Breton et à son épouse que Léo Ferré « passe jour et nuit à orchestrer La Nuit. C’est plein de chansons, de texte… magique, sans compromissions (vous connaissez votre Léo) et chaque soir il me dit : « Ça plaira à André », c’est tout ». L’idée qu’ils se font tous deux de cette œuvre est grande : « Nous y avons mis notre âme (!), une sorte d’espoir monstrueux à notre époque ». Madeleine regrette de n’avoir pas à réserver aux Breton « la place d’honneur à la première » puisqu’ils ne seront pas de retour à Paris. Elle enchaîne sur l’argument de La Nuit. Puis Ferré, qui a « une barbe de huit jours et dort trois heures par nuit pour que sa musique « sonne » ! » ajoute un mot en fin de lettre : « Dès que j’en aurai terminé avec ce travail de bagnard, je vous écrirai une très longue lettre. J’ai une très grande hâte de vous voir, de vous parler, d’entendre votre chère voix que bien des nuits je sentais passer sur ma musique ».

On mesure l’allégresse de Léo Ferré et de son épouse, une allégresse doublée d’inquiétude quelquefois. Mais ils sont persuadés que La Nuit sera un beau succès. On sait que ce sera un échec et qu’au lendemain de la première, la presse lui ayant tiré dessus à boulets rouges, elle sera retirée de l’affiche. J’ai raconté cette histoire en détail. Ce qui est nouveau à présent, c’est ce télégramme du 2 octobre : « La Nuit vous aurait beaucoup plu. Malheureusement, on la retire de l’affiche après les assauts conjugués de toute la presse et sans que le public y ait participé. Baisers. Léo. Madeleine ». Cette dépêche montre deux choses : les Ferré sont meurtris par l’abandon de l’œuvre ; ils ne peuvent s’empêcher de raconter immédiatement à Breton ce qui s’est passé. Étonnant réflexe d’enfants meurtris se confiant à un adulte comme pour lui demander justice. C’est en tout cas ce qui transparaît dans la lettre non datée mais qui suit évidemment le télégramme. C’est une lettre commune. Madeleine dit à Breton qu’elle lui adresse par courrier séparé les coupures de presse, une mise au point de Ferré qui devait paraître dans Paris-Presse et n’y parut pas, un enregistrement de La Nuit avec leurs deux voix et la musique, la jaquette du livret correspondant qui doit paraître à La Table Ronde, l’article qu’écrivit Louise de Vilmorin dans Marie-Claire (elle devait en faire paraître un autre dans Arts, dit-elle). L’auteur et sa femme n’acceptent pas cet échec et n’acceptent pas, surtout, que les commanditaires du ballet n’aient pas choisi de le défendre davantage. Ce courrier est très intéressant car il confirme beaucoup de choses : il n’y eut qu’une représentation et le bruit selon lequel Ferré aurait par la suite chanté lui-même depuis les coulisses est une légende ; il existe ou a existé un enregistrement personnel ; Madeleine a demandé à Breton d’intervenir : « Pour moi, la coupe est pleine. Que devons-nous faire, André ? Je crois qu’il faudrait peut-être aider Léo… sous la forme que vous jugerez utile pour lui, la polémique, le sourire ou l’admiration mais quelque chose venant de vous nous laverait de toutes ces souillures ».

Cette demande a une importance car elle éclaire enfin le passage de cette Lettre à l’ami d’occasion que Ferré écrira plus tard et qui ne sera jamais publiée de son vivant : « Si l’on m’attaque dans un journal pour un fait qui m’est personnel, vous ne levez pas le petit doigt sur votre petite plume même si c’est ma femme qui vous le demande, sans vous le demander tout en vous le demandant ». Breton, en effet, n’a rien écrit à ce sujet. En cette occasion, il faut le dire, ce sont les Ferré qui se trompent. Breton n’était pas obligé de faire quelque chose et d’ailleurs, qu’aurait-il pu faire ? Un échec artistique est un échec artistique et aucune polémique littéraire – comme Breton savait les créer, certes – n’aurait pu faire que l’œuvre soit reprise, eût-il engagé sa réputation. De plus, les Ferré supposent que Breton aurait aimé La Nuit. Mais la seule trace qu’on en relève dans un écrit surréaliste – datant d’après la brouille, il est vrai, et non signé expressément par Breton mais par la rédaction tout entière du Surréalisme, même en son second numéro – est : « Un « feuilleton lyrique » assez médiocre précisa ainsi son esthétique : « Un amoncellement d’argot ! Avec de la musique ! Un ramassis de vieux clichés ! (…) Le bottin de l’ordure ! » Outrances verbales, pensions-nous ». Qu’a répondu Breton à l’envoi de l’enregistrement ? A-t-il écrit, téléphoné ? On l’ignore. Les Ferré comptaient sur une reconnaissance d’office, une admiration automatique, toutes deux dues à l’amitié et entraînées par elle. C’était plutôt contraire à ce qu’était Breton mais, apparemment, ils ne le savaient pas. Léo Ferré croyait que Breton était comme lui : « Je ferai n’importe quoi pour un ami, vous m’entendez, cher ami, n’importe quoi ! Je le défendrai contre vents et marées – pardonnez ce cliché, je n’ai pas votre phrase acérée et circonspecte – je le cacherai, à tort ou à raison, je descendrai dans la rue, j’irai vaillamment jusqu’au faux témoignage, avec la gueule superbe et le cœur battant », se décrit-il dans Lettre à l’ami d’occasion. Je crois pouvoir dire qu’il n’y a pas là d’exagération : Ferré était ainsi. Breton était autrement : la raison littéraire et artistique l’emportait certainement sur le sentiment, la rigueur sur l’affectivité, et c’est ce qui va se produire dans l’épisode suivant.

En attendant, on relève encore dans cette lettre la présence, extrêmement importante pour Ferré, de la musique : « Léo a envie de casser la figure à ceux qui l’appellent « mélodiste » (un monsieur qui trouve des airs mais ne sait pas les écrire et donne ses idées à… rédiger). Tout cela relève de l’injure la plus grossière. (…) Je dois vous dire que, musicalement, il avait beaucoup travaillé, jours et nuits, que sa partition est admirable, je crois que c’est de ce côté-là qu’il est blessé », explique encore Madeleine à Breton. Et Ferré, dans le mot qu’il ajoute à la lettre de sa femme, écrit : «  Les fumiers courent toujours… comme des lièvres aux oreilles rognées… et jamais un chasseur pour les arrêter ! À quand l’ouverture de la chasse à l’homme ?… dans une prochaine planète ! » La blessure est béante, décidément.

Le fait que Breton se soit abstenu de défendre La Nuit ne laissera pas de trace, en tout cas dans l’immédiat. En effet, une lettre de Madeleine, simplement datée « Jeudi » [15 novembre 1956], adressée à « André, Élisa chéris », transmet à Breton l’opinion de Ionesco, parue dans un journal hollandais dont la date n’a pas été conservée, mais qu’un ami de La Haye, Solar, a transmis aux Ferré, traduite, par une lettre du 2 novembre. Ionesco déclare : « Qui je hais et méprise le plus ? Staline, Hitler, Luis Mariano, Gilbert Bécaud, Léo Ferré et beaucoup d’autres, mais je ne puis me les rappeler sur le champ ». À juste titre, elle ajoute : « Hitler et Léo, tout de même ! » Ionesco sera épinglé par Ferré dix ans plus tard dans la troisième version des Temps difficiles.

Mais… lorsque Breton refusera de préfacer Poète… vos papiers ! et conseillera à Ferré de ne pas le publier, cette vexation et cette incompréhension viendront très certainement s’ajouter au silence de Breton lors de l’échec de La Nuit. Inconsciemment peut-être, mais il est très vraisemblable que Ferré y verra une seconde défection, se manifestant pratiquement après la première. Ce qui expliquerait les débordements de la préface qu’il signera lui-même.

 

La préface de Poète… vos papiers !

On connaît – on n’y reviendra pas – l’origine de ce texte, initialement paru dans Arts du 9 au 15 janvier 1957 sous le titre En France la poésie s’est sabordée, qui a été véritablement ressenti comme une trahison par Breton et ses amis surréalistes. Ce qu’apporte cette correspondance enfin sortie des archives, c’est l’étendue de la déception.

Breton téléphone, Madeleine répond, il hurle à la trahison. Georges Goldfayn qui avait loué Léo Ferré dans un article, « La fleur qui est sur les lèvres », paru dans la première livraison du Surréalisme, même, est consterné. Il écrit une lettre à Breton, le vendredi 11 janvier 1957 (c’est par erreur qu’il écrit « 1956 », bien sûr ; par erreur aussi qu’il écrit « Jeudi »). On y lit : « Je n’ai certainement pas été moins bouleversé que toi par cette sale histoire de Léo Ferré. L’article lu attentivement, je me suis bien persuadé qu’il était d’une grande canaillerie de formulation. Mais, en raison de cette affection particulière que j’avais pour Léo, je n’ai pas pu m’empêcher de vouloir des raisons personnelles pour le détester ». À cette lettre manuscrite, il joint un double de celle qu’il adresse le même jour à Ferré, dactylographiée celle-là, et par pneumatique. Le courrier pneumatique était un système de tubes introduits et propulsés dans des tuyaux à air comprimé, qui transportaient des lettres d’un bureau de poste à un autre, à l’intérieur d’une même ville. À l’arrivée, un postier apportait le « pneu » au domicile du destinataire. C’était la rapidité du télégramme associée à la possibilité d’envoyer une lettre véritable. L’envoi coûtait très cher et n’était utilisé que dans les cas d’urgence ou pour signifier une réelle importance. Un pneumatique de deux pages dactylographiées, c’était pour Goldfayn un signe d’urgence dans l’expression. Il dit à Ferré ne pas comprendre que, s’il s’agit d’un malentendu, il n’ait pas tenté de le dissiper. On sent bien que Goldfayn n’y croit pas et le regrette. D’où cette sommation : « Tu me connais assez Léo pour savoir que sans nouvelles immédiates de toi je me verrais dans la déchirante obligation de penser que l’étalage de ton affection était l’hypocrite manœuvre d’une abominable canaille ». L’expression est très dure, et certainement à la mesure de la déconvenue de Goldfayn.

Cette longue lettre confirme l’appel téléphonique de Breton à Madeleine et le cri à la trahison dont seul Ferré avait témoigné, jusqu’à présent. Elle révèle surtout que Breton avait déjà entretenu Léo Ferré des problèmes du vers classique, rimé et du vers libre. Aucun document n’avait jamais livré cette information (même si l’on pouvait se douter qu’inévitablement, leurs conversations avaient dû amener le sujet). On comprend mieux, alors, combien Poète… vos papiers ! a pu lui paraître une preuve de trahison. Mais Ferré, déjà, créait la langue de tous les registres et le vers libre, conspué dans l’article devenu préface et qui, cependant, sera plus tard utilisé, était présent antérieurement dans Cloches de Notre-Dame (1953) et même, plus anciennement, dans À la Villette (1950).

Le texte de Ferré a été fort mal ressenti, y compris par des gens qui ne le connaissaient pas personnellement, en tout cas moins que Breton. C’est encore un avantage de cette correspondance découverte, que de montrer combien les surréalistes ont pu être touchés par ce libelle.

Par exemple, Adrien Dax, le vendredi 1er février, écrit à Breton, de Toulouse : « J’ai, bien sûr, parcouru le livre de Léo Ferré. Un curieux titre… « pas mal » sans doute (vocabulaire maison) mais je ne vous cache pas que je préfère – et de beaucoup – les chansons aux poèmes. Ces mots coupés en deux par des apostrophes, ces lettres entre parenthèses… aussi cette préface où l’on s’en prend, en roulant des épaules – pourquoi diable ! – à l’écriture automatique, tout cela  m’agace un peu ».

De Londres, le 10 février, Mesens raconte : « Je lis de temps en temps un hebdomadaire littéraire français comme on avale une potion amère et, parmi ceux-ci, assez régulièrement Arts qui me tient au malcourant des expositions pharisiennes… C’est ainsi que le texte de Léo Ferré, qui est paraît-il la préface à un livre de ses poèmes que l’on vient de publier, m’est tombé sous les yeux. Impossible, bien entendu, de trouver ce livre à Londres ; non plus d’ailleurs que l’anthologie de Benjamin (jadis ce dernier m’envoyait ses livres avec de belles dédicaces…) Mais que signifie, au juste, ce texte de Ferré (curieux par quelques tournures) dont certaines phrases m’ont étonné et d’autres m’ont abasourdi. « … aux dictats de l’hermétisme et de l’écriture dite « automatique » ». « L’art abstrait est une ordure magique [souligné trois fois] où viennent picorer les amateurs de salons louches qui ne reconnaîtront jamais Van Gogh dans la rue ». Mais de quel abstrait s’agit-il ? Le cubisme, Chirico ? Chagall ? Klee ? Le tachisme ? L’abstrait « lyrique » ? Ce qui milite pour la « plus libre expression » ou pour l’« académisme » modernes ? Pourrais-tu m’expliquer ? »

Renée Beslon, le dimanche 10 février, écrit : « Nous avons lu avec surprise et quelque indignation l’article de Léo Ferré dans Beaux-Arts [sic]. On lui pardonnerait son accent passionné s’il s’accompagnait d’une pensée plus sérieuse, et s’il n’était gâté par trop d’humeur. C’est une bien étrange contradiction que d’appeler à l’Anarchie pour mettre la poésie à la laisse du vers. Il semblerait que la révolte précisément puisse s’accorder toute licence et l’allure même la plus effrénée. En parcourant le volume de Léo Ferré me revint en mémoire une opinion de Jules Monnerot qui alors m’avait blessée dans mes sympathies et pourtant assez troublée pour que je ne l’aie depuis oubliée tout à fait. À savoir que l’anarchiste serait un esprit à qui manquerait hauteur et profondeur ? »

Dans un courrier daté « Jeudi » [vraisemblablement le 12 mai 1957, selon la date de la poste très difficilement lisible sur l’enveloppe], Jacques B. Brunius note : « J’ai acheté sur la recommandation de Benayoun un disque de Léo Ferré. Il y a en effet quelques très belles chansons, sur un ton assez inusité. Le Monsieur en Blanc [sic] est très remarquable. Je n’avais pas assez d’argent pour acheter beaucoup de disques, très chers à Paris en comparaison de Londres, mais il m’a semblé qu’il y avait pas mal de chansons d’un style assez neuf ». Ici, pas d’allusion à la préface. Il semblerait que Brunius découvre seulement Ferré. Et l’on ne sait pas à quand remonte la recommandation de Robert Benayoun à laquelle il fait allusion.

On mesure, au lu de ces lettres – et peut-être en existe-t-il d’autres encore – combien le pamphlet de Léo Ferré a déçu des artistes et des auteurs qui l’avaient accueilli et lui avaient ouvert les bras. Mais on mesure également combien ils n’avaient pas compris que Ferré était un homme indépendant, qui ne serait jamais adhérent d’un parti ou affilié à un quelconque coterie littéraire. Or, comme le sous-entendait Goldfayn dans la lettre déjà citée, le surréalisme était tout, sauf une coterie : « Voilà donc Léo que tu écris un manifeste dans lequel tu mets en cause l’écriture automatique en la rapprochant de l’hermétisme de coteries littéraires ». Le malentendu est total, de chaque côté. Léo Ferré n’a pas saisi les surréalistes (du reste, seuls Breton et Péret l’intéressaient, pas ceux qui les entouraient) ; les surréalistes ont pris pour des contradictions ce qui était des complémentarités de la part d’un auteur qui ne s’est jamais interdit aucun moyen d’expression.

Plusieurs années plus tard, Breton recevra une lettre datée du mercredi 27 mars 1963, de Marie-Josèphe, auteur du recueil Les Yeux cernés paru chez Debresse en 1955, qui lui valut le prix Max-Jacob. D’elle, Pierre Béarn disait : « C’est par le sarcasme que ce petit démon de l’expression dépeint ses sentiments intimes. Elle est la révolte de la chair à l’état brut ; elle est nature ; elle s’amuse et nous amuse ». Et Jean Rousselot : « Marie-Josèphe, sous le parrainage de Tristan Corbière et de Renée Vivien, écrit – Les Yeux cernés – des alexandrins fouaillés, énervés, audacieux ». Elle sollicite un entretien pour montrer à Breton son nouveau manuscrit et écrit : « Je vous rappelle que nous nous sommes déjà rencontrés, ce chez un « ami » qui pour moi n’est plus qu’un souvenir (assez déprimant) à savoir, le narcissiste [sic] Léo Ferré aujourd’hui vedette alimentaire sur les murs de la Capitale dite des douleurs ». Le moins qu’on puisse dire est que se rappeler au souvenir de Breton en débinant celui chez qui ils se sont rencontrés est plutôt indélicat, ou, si elle était au courant de leur brouille, relevant de la flagornerie. On ne comprend guère, non plus, le jugement qu’elle porte sur la célébrité de Ferré, avec une étonnante allusion à un titre d’Éluard, sinon par une espèce de rancœur : Marie-Josèphe est alors oubliée, Ferré au contraire a connu le succès.  Il n’y aurait guère d’intérêt à citer cette lettre, si l’on n’en pouvait tirer un enseignement. La poétesse a connu Ferré enregistrant chez Odéon. Il est aujourd’hui chez Barclay. Son ressentiment est révélateur d’une réaction alors fréquente : en changeant de maison de disques, Ferré se serait compromis. Ce que produit Barclay serait plus commercial, les disques de Ferré seraient moins bons qu’autrefois… C’est très amusant car, lorsque Léo Ferré quittera Barclay, il se trouvera beaucoup de gens pour regretter – et aujourd’hui encore – ce catalogue, supposé indépassable. C’est un autre sujet.

 

Pour ne pas conclure

À l’histoire telle que je l’avais reconstituée en son temps, sont donc venus s’ajouter la Lettre à l’ami d’occasion et tous les documents aujourd’hui disponibles. La Lettre à l’ami d’occasion reste un exercice de style : jamais envoyée, incorporée au recueil inachevé des Lettres non postées, elle est un texte de Ferré avant tout. Son ton est radicalement différent de la correspondance réellement échangée avec Breton. Parmi les passages de ce texte qu’éclaire désormais le fonds d’archives, on trouve : « Je ne vous avais jamais lu, parole d’honnête homme, je ne l’ai guère fait depuis à quelques pages près. Les compliments qu’il m’a été donné de vous faire à propos de ces quelques pages étaient sincères, je le souligne ». Ces phrases sont sans nul doute à rapprocher de l’allusion faite à Arcane 17 dans la lettre du 6 février 1956.

Il manque évidemment, à ce jour, les lettres adressées par Breton à Léo Ferré. Elles permettraient que l’éclairage soit complet et ne s’exerce pas d’un seul côté. Lorsqu’on disposera de ces pièces indispensables, il faudra revoir ces réflexions pour les compléter à nouveau.

Cette aventure s’avère de plus en plus complexe. Au-delà de l’aspect outrancier de la phrase de Breton (« En danger de mort, ne faites jamais paraître ce livre »), on commence à mieux comprendre. Breton n’aime pas le recueil Poète… vos papiers !, ce qui est son droit, et sa phrase est pour lui un conseil d’ami. Il veut éviter à Léo Ferré la publication de ce qui lui paraît un mauvais livre. Disons qu’il s’y prend mal : c’était mal connaître Ferré. Cette rupture signe finalement des différends littéraires plus profonds, si l’on en croit Goldfayn. Les deux hommes s’étaient déjà entretenus du vers libre et du vers classique. Avec le recul et sachant ce que Ferré écrira par la suite, on peut se dire que c’était un faux problème : Ferré voulait utiliser toutes les formes d’expression sans rien s’interdire, et son vers classique ne l’est pas toujours, notamment lorsqu’il mêle à la préciosité ou à la simple délicatesse le trivial, le scabreux ou l’humour. Les apocopes qu’on a critiquées (lettre d’Adrien Dax), lui en use et s’en moque puisqu’il admet d’écrire avec ou sans, éventuellement dans le même texte.

Je pense que l’erreur – je veux dire le raté de l’amitié – vient de la sensibilité de l’un et de l’autre. Breton ne peut pas admettre le manuscrit qu’on lui a fait lire et pour lequel on lui a demandé une préface. Ce recueil est trop contraire, dans sa forme, à ce qu’il défend depuis 1924 et le pire est qu’il vient d’un ami, reconnu et encensé dans une publication qu’il dirige. Maladroitement peut-être, il use d’une formule que Ferré ne comprend pas réellement parce qu’il se place sur le terrain affectif et que les prises de position « techniques » ne sont pas son fait. Léo Ferré transforme ce refus littéraire en peine personnelle. Je crois que c’est cela : un motif littéraire se mue en coup affectif et le désordre s’installe.

 

Remerciements : Patrick Dalmasso.

________

[1]. Jacques Layani, Les Chemins de Léo Ferré, Christian Pirot, 2005.

[2]. La maison de Normandie se trouve à Notre-Dame-des-Puys, près de Nonancourt, près de Verneuil. Les Ferré disent indifféremment « Nonancourt » ou « Verneuil » pour désigner l’endroit comme, plus tard, ils diront « Cahors » ou « Gourdon » pour désigner Saint-Clair, où se trouve le château de Perdrigal.

 

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Commentaires

Quel travail!Il faudra nous laisser le temps de bien lire votre longue note.
Curieusement, j'avais le pressentiment qu'elle concernerait Breton et Ferré.Est-ce le Lot,la proximité relative de Gourdon et Cinq-cyr-lapopie?....

Écrit par : francis delval | dimanche, 25 novembre 2007

Oui et non. Je suis parti avec l'intention d'écrire tout ça. J'avais eu connaissance des documents juste avant mes vacances. Elles sont tombées à pic pour mettre tout ça à plat. Cela dit, avant de revenir, nous sommes allés faire un tour à Saint-Cirq-Lapopie, histoire de rester dans l'ambiance. La maison de Breton (ancienne auberge des mariniers du Lot, XIIIe siècle) est manifestement fermée, mais pas abandonnée. J'avais entendu dire qu'Aube n'y allait plus, ni Ohana.

Je me suis demandé si je ne devais pas couper la note en deux, voire en trois. Mais il m'a paru que tout était trop lié, qu'on ne pouvait pas couper. C'est moi qui crée des paragraphes, qui crée trois sujets, mais tout est intrinsèquement lié. J'ai donc choisi de tout donner d'un coup.

Écrit par : Jacques Layani | dimanche, 25 novembre 2007

Merci, Jacques, de revenir sur un sujet, vous vous en souvenez sûrement, qui me passionne et m'intrigue depuis longtemps, depuis une bonne trentaine d'années! Car je m'intéresse au surréalisme ET à Léo Ferré, et ces rapports et ces malentendus m'ont toujours "chiffonné". Déjà, vous aviez apporté de précieux éclaircissements et là, des aspects se précisent encore et je partage assez bien votre analyse finale.

J'en avais parlé avec Léo Ferré sans apprendre de lui quoi que ce soit qui ne fût déjà connu. C'était par une nuit de neige, entre le 26 et le 27 janvier 1987. Je veux dire par là que je ne sais plus si c'était avant ou après minuit! Parlant de Breton, Ferré était me semble-t-il très apaisé et l'on percevait qu'il lui conservait une admiration et une affection réelles. Je me souviens que Léo m'avait dit qu'il n'avait jamais lui-même très bien compris ce qui s'était passé avec la réaction de Breton et la proportion que cela avait pris. Bien sûr, sa préface était orientée et une réaction devait être prévisible. Il a dû être surpris par le tour personnel des attaques et la brutalité du retournement de situation. Il est vrai aussi qu'il a gardé vis à vis des épigones de Breton, ceux du jeune groupe surréaliste de la fin des années 50, qui gravitaient au café, un franc et farouche mépris. Il m'a aussi parlé de Péret avec infiniment de tendresse "un type très gentil", m'a-t-il dit. Ses sentiments à l'égard de Péret n'étaient pas les mêmes que ceux vis à vis de Breton. Plus tendres, plus enfantins, doux, naïfs, fraternels, je ne sais quel qualificatif convient le mieux. Il est vrai que Péret n'a pas participé à la curée surréaliste de 57-59. On sentait que la relation avec Breton était beaucoup plus complexe, à travers l'impression qui ressortait de ce que me disait Ferré.

Par ailleurs, ce que vous dîtes plus haut à propos de l'affaire de la Nuit éclaire bien certaines allusions des Lettres non postées, outre celle "à l'ami d'occasion" que vous analysez fort justement.

Même si le texte "A la folie" fait référence à sa rencontre avec Madeleine 6 ou 7 ans plus tôt, ne peut-on voir une allusion à l'éreintement de La Nuit dans la presse, même si le titre du journal n'est pas Paris-Presse, mais l'approximation ne gênait pas Ferré (ou simple confusion de titre de journal bien compréhensible) lorsqu'il écrit: "J'eusse donné mon néant pour me sortir de cette impasse, que l'on me prît avec ma pauvre syllabe, mon informe phonation, pour faire n'importe quoi, pour servir n'importe quel prétexte. J'étais le mot "CROUP". A "France-Soir" on ne voulut pas de moi." Le croup fait de lui une espèce de pestiféré. La dernière phrase pourrait (conditionnel) renvoyer à cet article de mise au point de Ferré qui ne parut pas et que Madeleine envoie à Breton.

Et dans la "Lettre écrite sur un morceau de papier toilette", restée inédite jusqu'en 2006:
"Monsieur, (...)
Dans l'information du 1er octobre vous me trainez dans la chose, vous avez dû vous salir j'imagine et c'est la raison qui m'incite à vous torcher la cervelle.
Quant à la toute petite calomnie que vous avez pris la peine de mettre entre"guillemets" (cf. "mélodiste") elle n'a d'égale que l'incompréhension dont vous semblez être le champion et l'historien, de surcroît..." Le mot "mélodiste" est le mot que reprend Madeleine dans la lettre à Breton que vous citez dans votre note, et le "monsieur" désigne vraisemblablement le même critique, destinataire du texte de Ferré. Le journal n'est pas cité (juste "l'information du 1er octobre") et l'année de cette lettre non postée est forcément 1956, puisque la date du 1/10 correspond à celle des articles dans la presse, dont les Ferré parlent dans leur télégramme du 2 octobre (cité par vous).

Certains passages des Lettres non postées s'éclairent à la lumière de votre travail. Je pense que ces textes étaient pour Ferré souvent un moyen d'exprimer des blessures profondes, de réagir face à des déceptions ou à des mécomptes, avec sa sensibilité et ses outrances parfois. Ces lettres de toute façon ne pouvaient être envoyées, elles avaient peut-être pour beaucoup une fonction thérapeutique ou, du moins, pouvaient constituer un exutoire. On mesure à la présence dans ces textes justement de la part de souffrance profonde que l'affaire de La Nuit et la rupture avec Breton ont pu représenter pour lui, fin 56, 57 et après.

C'est important car tout de même, pour une part non négligeable l'écriture de Ferré entretient des liens avec le surréalisme, et peut, je crois, souvent s'expliquer parce qu'il ya eu le surréalisme. Cette querelle est un point névralgique pour situer Ferré dans l'histoire littéraire. La rupture montre un Ferré indépendant, oui, mais l'indépendance est au prix de la souffrance, et des sentiments d'amitié trahis. Il évoque encore Breton dans divers textes plus tardifs, il le fait en général sans aucune acrimonie, au contraire, comme pour essayer de retrouver une complicité perdue. Le surréalisme ne lui est, ne lui a sans doute jamais été étranger et notamment ses marges (Desnos et la Complainte de Fantomas mis en onde et enregistrée avec Ferré; Desnos qui fut aussi en rupture avec le groupe surréaliste et vilipendé). On ne peut ignorer cela pour comprendre l'oeuvre de Ferré qui s'affirme dans cet entre-deux: une dette envers le surréalisme et un refus de ses interdits. S'ajoute aussi le fait que Ferré est musicien et que le surréalisme a toujours eu un problème avec cet art. Ce que j'avance n'est qu'un point de vue bien sûr et est certainement discutable, mais je crois que, grâce à vous, nous avançons dans la compréhension de cet épisode artistique et littéraire, mais aussi pleinement humain, qui détermine la place et l'importance que nous accordons à l'oeuvre de Ferré, j'en ai la conviction. L'ai-je exprimée suffisamment clairement?

Écrit par : Jean-Claude V | dimanche, 25 novembre 2007

Que de choses dans cette note, sur lesquelles il faudra revenir dans les jours à venir....La première impression est que nous sommes devant une somme de malentendus, aussi de maladresses, Ferré, et surtout sa femme en font trop, trop dans l'excès d'affection, ce qui a pu embarrasser Breton,dont l'apparente intransigeance cachait sans doute une pudeur secrète , (j'avance ceci comme un possible,non une certitude)...
Et Breton n'est pas seul en cause, il convient de bien saisir le rapport de Ferré au surréalisme,et Breton et Péret sont les seuls fidèles restant du groupe initial.Ferré/surréalisme: question bien difficile au plan de l'histoire "littéraire",jamais, je pense étudiée à fond,même si nous avons des approches intéressantes....

Je profite pour dire qui est ce Monnerot, qui n'aime pas les "anarchistes": Jules Monnerot fut à la fin des années 30 membre du collège de sociologie, avec Bataille,Leiris, Caillois,et l'ami d'Aragon et de Tzara.Après la guerre, sous l'influence de Raymond Aron, il se droitisa, devint anticommuniste (et antianarchiste) et finit au Front National, dont il fut , sociologue, un des rares intellectuels à le rejoindre, avec Autant-Lara, qui y finit tristement sa carrière ,avant de rompre peu avant sa mort (Ferré fut un des rares à dire du bien de son film : "Les régates de San-Francisco"!)
je reviendrai sur Ferré et le surréalisme dans les jours qui viennent, étant un peu occupé ce jour.

Écrit par : francis delval | dimanche, 25 novembre 2007

Jean-Claude, vous avez raison. J'avais pensé à la Lettre à l'ami d'occasion mais pas du tout à celles que vous citez. Selon toute vraisemblance, vous touchez juste. Moi aussi, j'aime Breton et Ferré et nous savons tous ici, je pense, combien Ferré se situe dans la mouvance, dans l'optique (comment dire ?), au voisinage, aux marges (comment dire, ah là là ?) du surréalisme.

Francis, vous avez raison de dire que la question n'a jamais été étudiée à fond. J'ai l'impression que nous sommes tous d'accord pour savoir en quoi ils étaient proches, et que cela nous dispense de le formaliser. Encore que la thèse de doctorat que je mentionne toujours (Lucienne Cantaloube-Ferrieu) ait fait à mon avis le tour de la question.

Jean-Claude dit : "l'écriture de Ferré entretient des liens avec le surréalisme, et peut, je crois, souvent s'expliquer parce qu'il ya eu le surréalisme". Bien sûr. Le surréalisme et Trenet, précisons. Sans Trenet, Ferré n'aurait pas mis quinze ans à percer, mais vingt ou trente. Il ne l'a d'ailleurs jamais nié.

Francis parle d'"une somme de malentendus" : sûrement. Il est bien évident, quand on connaît la suite de l'histoire de Ferré, qu'il n'allait pas s'inféoder au surréalisme, pas plus qu'à quoi que ce soit d'autre. Je crois vraiment que ce nouveau fonds d'archives montre qu'il était exclusivement sur le terrain affectif, sentimental. Je n'ai pas connu Breton, mais je l'imagine plutôt réservé, retenu. C'est, il me semble, l'image qu'en ont donné ceux qui l'ont connu.

Maintenant, il est bien certain que, plus nous avançons dans la connaissance et l'approfondissment de cet épisode, plus un silence est insupportable : celui de Breton. A toutes ces lettres, qu'a-t-il répondu ? Il a bien dû écrire, au moins une fois de temps en temps. Il nous manque à présent sa voix.

Breton avait demandé que ses papiers ne soient rendus publics que cinquante ans après sa mort, soit en 2016. Mais sa propre fille et sa petite fille n'ont pas observé ce désir et ont -- heureusement pour nous -- rendu publics ces documents bien avant (pour l'édition de la Pléiade, déjà, Aube avait ouvert sa porte aux chercheurs).

Écrit par : Jacques Layani | dimanche, 25 novembre 2007

Je ne comprends pas néanmoins pourquoi, Jean-Claude et Jacques, vous parlez encore de "malentendus", alors que tout paraît assez clair dans cette histoire. J'ai l'impression que ce qu'il y a surtout de "chiffonnant" pour vous, c'est que Breton n'ait pas aimé le recueil. Or, relisez PVP mais, de fait, à l'exception des "sublimes" chansons insérées que Breton connaissait déjà, tout allait à l'encontre d'une esthétique surréaliste, tout ne pouvait que déplaire à Breton. Cette dissuasion, somme toute amicale, de Breton paraît finalement assez "logique".

Je comprends bien la réaction d'amour propre de Ferré, mais sa préface maladroite (cf ce qu'en dit G. Sigaux) et assez HS par rapport au recueil (elle l'a fait oublier), était très violente.

D'ailleurs, je ne crois pas que Ch. Estienne ait beaucoup parlé du recueil et que son texte, un peu décousu mais très riche, définissait plutôt ce qui avait pu séduire quelqu'un comme Breton.

Je trouve que les courriers de Goldfayn sont révélateurs d'une déception sincère et rendent compte, rétrospectivement, étrangement presque, de l'estime réelle que les surréalistes ont pu avoir pour Ferré, avant cet épisode.

C'est Ferré, dans LNP, qui se fait juge de l'"amitié" de Breton, mais pour le coup, c'est lui qui l'a rompue. Il était du devoir d'un ami de ne pas dissimuler que le recueil n'était pas bon (puisque tel était le sentiment de Breton):

Faites-vous des amis prompts à vous censurer ;
Qu’ils soient de vos écrits les confidents sincères,
Et de tous vos défauts les zélés adversaires.
Dépouillez devant eux l’arrogance d’auteur,
Mais sachez de l’ami discerner le flatteur :
Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue.
Aimez qu’on vous conseille, et non pas qu’on vous loue.

Un flatteur aussitôt cherche à se récrier ;
Chaque vers qu’il entend le fait extasier.
Tout est charmant, divin, aucun mot ne le blesse ;
Il trépigne de joie, il pleure de tendresse ;
Il vous comble partout d’éloges fastueux :
La vérité n’a point cet air impétueux.
...
Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible,
Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible :
Il ne pardonne point les endroits négligés,
Il renvoie en leur lieu les vers mal arrangés,
Il réprime des mots l’ambitieuse emphase ;
Ici le sens le choque, et plus loin c’est la phrase.
Votre construction semble un peu s’obscurcir,
Ce terme est équivoque : il le faut éclaircir...
C’est ainsi que vous parle un ami véritable. (Boileau)

Lé côté "décevant" n'est pas à chercher du côté de Breton mais de Ferré, ici.

Ce n'est pas tant les "apocopes" etc. qui ont pu choquer Breton - qui connaissait et aimait des chansons qui en contenaient déjà.

Ce qu'on peut reprocher, en revanche, à quelqu'un qui clame que "la poétique libérée, c'est du bidon", c'est qu'il s'affranchisse des règles, avec des négligences révélatrices d'un certain amateurisme (je ne parle pas des apocopes, conscientes et codifiées). Tout comme les considérations peu rigoureuses (cf lettre citée de Mesens) qui veulent se payer tous les "mouvements" esthétiques et littéraires, au nom de la "solitude" de l'artiste, "argument" qu'on peut trouver "facile" voire démagogique.

J'ai vu un documentaire récent sur le cinéma, dans lequel intervenait Goldfayn. Avec Aube Breton, cela ferait encore un témoin intéressant de cette période.

Pour le reste, les précisions qu'apporte Jean-Claude sont tout à fait éclairantes.

Écrit par : gluglups | dimanche, 25 novembre 2007

Mais... nous disons à peu près la même chose.

Tout est clair dans cette histoire, oui. Pour nous, aujourd'hui. J'ai voulu simultanément apporter des éléments nouveaux -- les lettres -- et tenter d'analyser l'incompréhension des Ferré : le malentendu, c'est ça. C'est chez eux qu'il se tient. J'ai bien dit que Breton n'avait pas aimé PVP, que c'était son droit et que son "interdiction" était un conseil d'ami. Si je suis revenu sur la question des apocopes, c'est parce qu'une lettre citée en fait mention (celle d'Adrien Dax). J'ai parlé de la déconvenue de Goldfayn et de ses regrets, j'ai cité les passages les plus sévères de sa lettre. Vous voyez bien que nous disons la même chose.

Mesens fait allusion à différents mouvements, que Léo Ferré englobait sous une seule appellation, sans doute parce qu'il ne connaissait pas le détail de tout ça. Cela montre combien la relation de Ferré et des surréalistes était faussée au départ. Les questions comme celles de Mesens, Ferré n'en a aucune idée, ou bien très vague. ce n'est pas son problème. J'ai voulu montrer une amitié vécue sur des bases erronées, mal comprises, d'où le terme de malentendu.

On peut même aller plus loin. PVP n'avait pas besoin de préface. Soit Breton en écrivait une, comme un satisfecit, une lettre "de noblesse", ce qui lui était impossible, je l'ai dit ("Ce recueil est trop contraire, dans sa forme, à ce qu’il défend depuis 1924"); soit il n'en fallait pas. Ce qui m'a intéressé dans ces très nombreuses lettres, c'est ce qui a amené Ferré à rédiger ce texte : à mon avis, le sentiment d'une seconde défection, d'un second manquement à l'amitié. A l'amitié telle que LUI la concevait, certes. Nous sommes d'accord.

Cela ne me chiffonne pas du tout que Breton n'ait pas aimé le livre. Ce que je voudrais, c'est : 1) comprendre pourquoi, et nous y sommes parvenus, je pense ; 2) mieux percevoir comment s'est déroulée la rupture : on sait qu'une rupture ne se fait jamais d'un seul coup, mais selon un processus de dégradation des rapports (amicaux, amoureux, professionnels...) Ici, l'histoire est très courte -- un an -- et il est encore plus difficile de reconstituer le processus. Il m'a donc semblé que ces lettres nous y aidaient grandement. En effet, elles nous permettent de sentir, rétrospectivement, la fragilité des "fondations" de leur amitié et aussi de mieux considérer le "glissement" de l'admiration à l'instant où tout craque, en passant par les déconvenues intermédiaires (la demande d'appui concernant La Nuit comme s'il s'était agi d'un droit acquis) et leur non-formulation (lettre suivante à "André, Élisa chéris").

Nous ne sommes donc pas fondamentalement éloignés.

Écrit par : Jacques Layani | lundi, 26 novembre 2007

Au fond, nous sommes tous d'accord , au moins sur l'essentiel.
Je ferai néanmoins deux ou trois remarques, qui ne sont pas des objections.

A propos de la préface de PVP:Si Breton est le "destinataire", il n'est jamais nommé, et le surréalisme non plus.(juste une allusion à l'écriture automatique , qui ne fait pas le talent)La cible est très large,et les seuls noms cités Claudel et de Létraz (auteur de mauvais boulevard).L'art poétique cite bien Tzara, et aussi Genet (qui intéresse par ailleurs beaucoup Ferré....).Il critique donc le surréalisme , en l'englobant dans une littérature contemporaine au spectre large....

On parle souvent DU surréalisme, en littérature comme en peinture, comme s'il s'agissait d'un bloc monolithique.N'oublions pas , et nous le savons tous ici, que son histoire est à périodiser, ruptures et exclusions, changements de méthode de travail, évolutions politiques.Mis à part Breton et Péret, il ne reste personne du premier groupe dans les années 50.Certes, le principe de l'écriture automatique est gardé (en théorie)..Mais Gracq n'est pas sur la même "ligne" que Tzara ou Soupault.

Que Ferré ait été influencé par le surréalisme, certes, comme le plupart des poètes, qu'ils le veuillent ou non.Mais par quel surréalisme?Il faudrait des analyses très fines des filiations possibles;
Ferré influencé par Trenet, sûrement, oui.Mais Trenet ne me semble guère dans la veine surréaliste, même s'il a pu subir cette influence.Il me semble plus proche de Cocteau, ou Max Jacob, voire de l'humour de Fourest,que de Breton, Char, ou Aragon....Je dois dire que je n'ai jamais essayé de creuser la question , n'ayant pas une grande passion pour Trenet (exception faite de "la folle complainte")

Les surréalistes, dit-on , n'aiment pas la musique.Est-ce la vérité? une légende? Ou est-ce que, s'il peut y avoir une littérature ou une peinture ou un cinéma surréalistes,on ne voit pas bien ce que pourrait être une musique surréaliste, une musique de l'écriture automatique et du hasard objectif.Aux musiciens de répondre.....La musique résiste-t-elle de fait à un traitement par les modes de création surréalistes?D'où cette méfiance vis à vis des musiciens?

Tout ceci, ce sont des questions que je (me) pose, et non des assertions.

Si je résume, ma question se réduit à:De quel "surréalisme" Ferré serait-il le plus proche?

Écrit par : francis delval | lundi, 26 novembre 2007

Je redonne -- pardon, je l'ai déjà fait cent fois -- la référence de la thèse où tout ça, à mon avis, est traité :

Lucienne Cantaloube-Ferrieu, Chanson et poésie des années 30 aux années 60, Trenet, Brassens, Ferré ou les "enfants naturels" du surréalisme, A.-G. Nizet, 1981.

Écrit par : Jacques Layani | lundi, 26 novembre 2007

je sais que vous avez donné cette référence plusieurs fois, mais mes questions,que je pose à tout le monde et d'abord à moi-même, (je ne demande pas que vous planchiez à nouveau là -dessus) concernent surtout le rapport de Ferré au surréalisme, qui ne s'arrête pas aux années 60, tout de même!Au contraire, j'ai le sentiment qu'il va s'amplifiant et se complexifiant dans les années 70-80....qu'il a assimilé à cette époque des modalités d'écriture qui doivent beaucoup à diverses influences venues du surréalisme , et donc qu'il aurait dépassé les contradictions des années 50,laissant derrière lui les problèmes d'écoles et de chapelles.Ferré me semble plus proche de l'esprit du surréalisme dans les textes des 20 dernières années,quand il sort du cadre de la chanson,qu'il procède par collages,montages, démontages,inventions diverses ou qu'il ait recours à des métaphores innovantes et qu'il bouleverse les règles de la prosodie....Ce qui n'invalide pas ce que vous pensez de l'inexistence de périodes bien distinctes chez Ferré (nous sommes en accord complet),mais va dans le sens d'une transformation progressive et d'une variété des modes d'écriture (et de composition musicale),comme chez tout véritable artiste ,qui ne fait pas que se répéter indéfiniment.Bon, je n'ai pas le sentiment d'être clair aujourd'hui.....y'a des jours comme ça...

Je profite de ce commentaire en forme d'auto-interrogation pour évoquer Alain Jouffroy, cet immense poète, romancier, et critique d'art,entré au groupe surréaliste en 46 à 18 ans, et qui s'est fait exclure à 20 ans, en même temps que Brauner, Rodanski et Tarnaud,Jouffroy dont l'oeuvre est toujours méconnue, et qui est le "théoricien" de l'individualisme révolutionnaire"....Il s'est rapproché d'Aragon dans les années 60, et il suggère que "le roman inachevé", est, de tous les recueils d'Aragon, celui où l'on perçoit le mieux la nostalgie du poète envers ses années surréalistes, même si c'est de l'ordre du non-dit:la nostalgie, le regret affleurent le recueil selon Jouffroy.Si nous suivons cette piste, sans doute pas très neuve,on peut comprendre mieux le passage de Ferré de Breton à Aragon,à la fois dans la continuité et la rupture.

ps:ma question sur le surréalisme et la musique ne se réduit pas à la chanson.C'est une question réelle, mais je le crains sans réponse.

Écrit par : francis delval | lundi, 26 novembre 2007

Je ne sais si vous êtes clair, Francis, mais je dois dire que je ressens aussi confusément cette imprégnation surréaliste dans l'écriture, oui en gros, des 20 dernières années. Où il déborde des cadres. Ce qui nous amène à votre question: Quel surréalisme? J'aurais envie d'avancer cette réponse toute provisoire évidemment: un surréalisme des marges... Certes, il faudrait creuser la marge, essayer d'y voir clair, mais alors là; bon courage! Pourtant, n'y a-t-il pas un peu de ça, d'autant que Ferré affectionne le terme et l'idée de marge et nous donne peut-être lui-même la clé. Attention, je sais combien ce que j'avance là est hasardeux.

Quant à PVP, ce qu'en dit Gluglups me paraît très sensé, en effet.

Je suis assez troublé aussi par le rôle de Madeleine dans l'amitié avec Breton et de cet excès d'expression de sentiments envers un Breton dont on sait qu'il gardait une certaine hauteur, ou réserve, un certain quant à soi, quelqu'un le rappelait. Les réponses de Breton nous manquent cruellement,oui. Madeleine me paraît, impression toute subjective, être celle qui force les choses, bien plus que Léo, auprès d'André. Ces effusions sont un peu surprenantes. Il y a quelque chose de "trop". Si Madeleine est associée à l'amitié avec les Breton, quelque part, j'ai l'intuition qu'elle est aussi associée à la rupture, de la même façon. Bien que Ferré reste l'auteur et du recueil et de la Préface. Je me demande si ce n'est pas elle qui s'est le plus impliquée dans l'affaire et Ferré s'est un peu trouvé embarqué malgré lui. Ceci étant avancé avec toute la prudence d'usage, sous toutes réserves.

Je ne dirais pas non plus que Ferré ait été irréprochable dans l'affaire et il s'est plutôt mal dépatouillé. Les lettres de Goldfayn sont intéressantes, car elles témoignent aussi et de façon mesurée quoique sans concession d'une amitié sincère désappointée. Il a été sidéré mais il sait garder beaucoup de dignité, le ton est juste, il me paraît être un homme honnête, autant qu'honnête homme.

La Préface de Ferré est une réaction toute personnelle, à chaud, et sans doute plutôt irréfléchie. Je n'ai pas l'impression qu'il ait vraiment pris du recul là-dessus et donc analysé les raisons de ce qui se passait, même longtemps après (la preuve c'est qu'il la reprend, sortie de son contecte une quinzaine d'années plus tard et la dira sur scène, dans sa version enregistrée, quasiment jusque dans ses derniers récitals. Remise en cause dont il n'était peut-être pas capable, trop douloureuse. Mais gardons nous de toute approche psychologique. Il apparaît toutefois que le Ferré écorché vif n'est pas une légende. Et de ses blessures d'amour propre il a fait poésie aussi. PVP qui n'est pas le recueil du siècle a tout de même été une matrice pour son travail créateur pendant les décennies qui ont suivi. Et il en est sorti quelques belles réussites. Hors contexte,il ya quelques belles tournures dans cette préface et des choses très ferréennes. "A l'école de la poésie, on n'apprend pas, on se bat", ça marchait du tonnerre sur scène et dans la salle! "A l'école de la poésie et de la musique", avait-il ajouté vers la fin des années 70. Mais cela fait référence à une autre histoire et à d'autres polémiques, et à d'autres blessures.

Quant à musique et surréalisme, je voulais surtout dire que Breton n'a rien eu à dire de "surréaliste" sur la musique, rien de théorique sur cet art n'est sorti de la pensée surréaliste. A ma connaissance. Breton n'avait pas de compétences musicales visiblement et ne pouvait rien en dire avec autorité, par conséquent elle était hors de son champ de pensée. Peut-être qu'Aragon fut, de tous les surréalistes, l'un des plus sensibles à la musique, ce qui devait se retrouver plus tard. La musique de Ferré en tout cas ne doit rien à une influence surréaliste. Difficile d'en dire plus, n'étant pas moi-même musicien pour un sou. Ce sont justement souvent des marginaux, voire des exclus du surréalisme qui (écr)iront vers la chanson (Desnos, Prévert, Queneau). Ferré a mis en musique le dadaïste Georges Ribemont-Dessaigne.

Toutefois, dans mes réflexions à hue (pas Robert) et à dia et, pour en revenir à mon point de départ, je pense que si l'écriture des 20 dernières années semble souvent marquée par cette influence, beaucoup de chansons, depuis le début n'en sont pas dénuées. J'ai toujours ressenti confusément une parenté entre l'inconnue de Londres et Lautréamont, par exemple. Lautréamont, qu'affectionnaient les surréalistes et dont j'ai lu quelque part que Ferré avait souhaité le mettre en musique. "Maldoror d'une main et Sade dans le froc", dit-il dans Ecoute moi enregistré en 1970, mais dont une version avait été donnée en 62 dans le Seghers de Charles Estienne. Intéressant aussi ce que vous dites, Gluglups, sur l'image que donne de Ferré ce grand ami de Breton à travers sa monographie: il faudrait la relire dans cette optique.

Tout cela est un peu dit comme ça me vient, j'espère à mon tour ne pas être trop désordonné ni trop confus dans mon propos. En tout cas, votre blog avec ses échanges et dans cette compagnie, Jacques, est un excellent stimulant pour la cervelle, un peu comme le voulait Montaigne dans une phrase où il emploie le mot cervelle mais que je ne parviens pas pour l'heure à retrouver dans son exactitude.

Écrit par : Jean-Claude Vallejo | lundi, 26 novembre 2007

Je ne sais si vous êtes clair, Francis, mais je dois dire que je ressens aussi confusément cette imprégnation surréaliste dans l'écriture, oui en gros, des 20 dernières années. Où il déborde des cadres. Ce qui nous amène à votre question: Quel surréalisme? J'aurais envie d'avancer cette réponse toute provisoire évidemment: un surréalisme des marges... Certes, il faudrait creuser la marge, essayer d'y voir clair, mais alors là; bon courage! Pourtant, n'y a-t-il pas un peu de ça, d'autant que Ferré affectionne le terme et l'idée de marge et nous donne peut-être lui-même la clé. Attention, je sais combien ce que j'avance là est hasardeux.

Quant à PVP, ce qu'en dit Gluglups me paraît très sensé, en effet.

Je suis assez troublé aussi par le rôle de Madeleine dans l'amitié avec Breton et de cet excès d'expression de sentiments envers un Breton dont on sait qu'il gardait une certaine hauteur, ou réserve, un certain quant à soi, quelqu'un le rappelait. Les réponses de Breton nous manquent cruellement,oui. Madeleine me paraît, impression toute subjective, être celle qui force les choses, bien plus que Léo, auprès d'André. Ces effusions sont un peu surprenantes. Il y a quelque chose de "trop". Si Madeleine est associée à l'amitié avec les Breton, quelque part, j'ai l'intuition qu'elle est aussi associée à la rupture, de la même façon. Bien que Ferré reste l'auteur et du recueil et de la Préface. Je me demande si ce n'est pas elle qui s'est le plus impliquée dans l'affaire et Ferré s'est un peu trouvé embarqué malgré lui. Ceci étant avancé avec toute la prudence d'usage, sous toutes réserves.

Je ne dirais pas non plus que Ferré ait été irréprochable dans l'affaire et il s'est plutôt mal dépatouillé. Les lettres de Goldfayn sont intéressantes, car elles témoignent aussi et de façon mesurée quoique sans concession d'une amitié sincère désappointée. Il a été sidéré mais il sait garder beaucoup de dignité, le ton est juste, il me paraît être un homme honnête, autant qu'honnête homme.

La Préface de Ferré est une réaction toute personnelle, à chaud, et sans doute plutôt irréfléchie. Je n'ai pas l'impression qu'il ait vraiment pris du recul là-dessus et donc analysé les raisons de ce qui se passait, même longtemps après (la preuve c'est qu'il la reprend, sortie de son contecte une quinzaine d'années plus tard et la dira sur scène, dans sa version enregistrée, quasiment jusque dans ses derniers récitals. Remise en cause dont il n'était peut-être pas capable, trop douloureuse. Mais gardons nous de toute approche psychologique. Il apparaît toutefois que le Ferré écorché vif n'est pas une légende. Et de ses blessures d'amour propre il a fait poésie aussi. PVP qui n'est pas le recueil du siècle a tout de même été une matrice pour son travail créateur pendant les décennies qui ont suivi. Et il en est sorti quelques belles réussites. Hors contexte,il ya quelques belles tournures dans cette préface et des choses très ferréennes. "A l'école de la poésie, on n'apprend pas, on se bat", ça marchait du tonnerre sur scène et dans la salle! "A l'école de la poésie et de la musique", avait-il ajouté vers la fin des années 70. Mais cela fait référence à une autre histoire et à d'autres polémiques, et à d'autres blessures.

Quant à musique et surréalisme, je voulais surtout dire que Breton n'a rien eu à dire de "surréaliste" sur la musique, rien de théorique sur cet art n'est sorti de la pensée surréaliste. A ma connaissance. Breton n'avait pas de compétences musicales visiblement et ne pouvait rien en dire avec autorité, par conséquent elle était hors de son champ de pensée. Peut-être qu'Aragon fut, de tous les surréalistes, l'un des plus sensibles à la musique, ce qui devait se retrouver plus tard. La musique de Ferré en tout cas ne doit rien à une influence surréaliste. Difficile d'en dire plus, n'étant pas moi-même musicien pour un sou. Ce sont justement souvent des marginaux, voire des exclus du surréalisme qui (écr)iront vers la chanson (Desnos, Prévert, Queneau). Ferré a mis en musique le dadaïste Georges Ribemont-Dessaigne.

Toutefois, dans mes réflexions à hue (pas Robert) et à dia et, pour en revenir à mon point de départ, je pense que si l'écriture des 20 dernières années semble souvent marquée par cette influence, beaucoup de chansons, depuis le début n'en sont pas dénuées. J'ai toujours ressenti confusément une parenté entre l'inconnue de Londres et Lautréamont, par exemple. Lautréamont, qu'affectionnaient les surréalistes et dont j'ai lu quelque part que Ferré avait souhaité le mettre en musique. "Maldoror d'une main et Sade dans le froc", dit-il dans Ecoute moi enregistré en 1970, mais dont une version avait été donnée en 62 dans le Seghers de Charles Estienne. Intéressant aussi ce que vous dites, Gluglups, sur l'image que donne de Ferré ce grand ami de Breton à travers sa monographie: il faudrait la relire dans cette optique.

Tout cela est un peu dit comme ça me vient, j'espère à mon tour ne pas être trop désordonné ni trop confus dans mon propos. En tout cas, votre blog avec ses échanges et dans cette compagnie, Jacques, est un excellent stimulant pour la cervelle, un peu comme le voulait Montaigne dans une phrase où il emploie le mot cervelle mais que je ne parviens pas pour l'heure à retrouver dans son exactitude.

Écrit par : Jean-Claude Vallejo | lundi, 26 novembre 2007

je n'ai pas été clair sur la musique:je ne parlais pas de l'influence du surréalisme sur la musique de Ferré,ce qui n'aurait pas grand'sens, mais du peu d'intérêt que les surréalistes en général, et Breton en particulier montraient pour la musique.Et ce peu d'intérêt, je me demande si c'est parce que l'idée même d'une musique surréaliste est de l'ordre de l'impossible....Qu'est-ce que ça pourrait être?

Il y a par contre un aspect de Breton qui m'a toujours irrité, c'est son goût pour l'occultisme,l'astrologie,les prophètes de tout poils, Eliphas lévi, Raimond Lulle,Fulcanelli,où il a puisé une partie de ses idées sur l'écriture.L'écriture automatique est pour Breton la prise de conscience de "rêve éveillé", ce qu'il appelait , à l'époque des "champs magnétiques": " Etre dicté", écrire sous la dictée de quelque chose comme un inconscient qui affleure...J'ai essayé dans "la fabrique du texte" de donner un explication rationnelle, sociologique, du "j'ai été dicté " de Ferré.Mais sa formule pourrait bien venir de Breton, et en ce cas , les critiques de Ferré envers l'écriture automatique seraient de mauvaise foi.
Ferré a sans doute lu le livre de Michel Carrouges sur "A.Breton et les données fondamentales du surréalisme", paru je crois en 48,et qui fait bien le point sur les rapports de Breton à l'irrationnel.....Breton, c'est aussi cette histoire invraisemblable du diable de la rue de Washington,dont on ne sait que penser....

Écrit par : francis delval | lundi, 26 novembre 2007

L'histoire de Satan rue Wahington est une grande blague, contée par un conteur, c'est-à-dire quelqu'un qui sait faire douter son auditoire et lui faire se demander si c'est du lard ou du Breton.

Léo Ferré était un bon comédien. Histoire totalement inventée, narrée avec talent. La présence de Breton dans l'histoire ? Deux possibilités : 1) Breton lui présente un type original et Léo Ferré brode, des années plus tard, fait de lui Satan et ses téléviseurs. 2) Ferré invente entièrement l'histoire et, pour lui donner un air de vraisemblance, y mêle un personange réel ; pas n'importe qui, un auteur dont il sait qu'il s'intéressait à l'occultisme et dont le nom seul vaut référence.

Écrit par : Jacques Layani | lundi, 26 novembre 2007

J'avais un peu parcouru la thèse de Lucienne Cantaloube-Ferrieu en bibliothèque et je dois dire que je n'avais pas eu le sentiment qu'elle disait autre chose que des évidences (du genre relevé d'images ou de thèmes un peu "surréalistes"). Il faudrait que Jacques ait le courage de s'y replonger et de nous faire un petit topo sur ce que cette étude met à jour. Disons que je n'ai pas le souvenir de remarques intéressantes comme celle de Jean Claude plus haut: "Ce sont justement souvent des marginaux, voire des exclus du surréalisme qui (écr)iront vers la chanson (Desnos, Prévert, Queneau)."

Je crois plutôt, comme Francis, qu'en 1956, le "surréalisme" de Ferré se limite à une influence des années 20-30, Trenet, M.Jacob, Cocteau, etc. Après tout Ferré a chanté au Boeuf sur le Toit.
Bien d'accord avec vous tous pour penser que l'influence de Breton se fait plus sensible dans la suite. Ce qui me frappe, c'est moins le côté écriture automatique ou images "surréalistes", que le ton de certains textes, qui fait immédiatement penser à Breton.

Jean-Claude: "Il y a quelque chose de "trop"" dans les lettres du couple et je partage cette impression: une insistance qu'on peut trouver un peu vulgaire, un côté parvenu. En même temps, je trouve que vous chargez un peu la barque de la pauvre Madeleine (et c'est elle qui interdit les Anarchistes, le M121, etc., bref elle est responsable de toutes les mauvaises décisions, dont on exempterait Ferré...).

PS: "cette histoire invraisemblable du diable de la rue de Washington,dont on ne sait que penser...."

Jacques, je sais bien que Ferré devait arrranger a posteriori les événements de sa vie et prendre un certain plaisir à surprendre ses interlocuteurs. En même temps, je n'imagine pas qu'il ait inventé cette histoire de toutes pièces, qu'il ait été mytho à ce point. Le satan des surréalistes a bien existé: il s'appelait Jean Genbach et il n'a cessé de relancer Breton toute sa vie.
La scène de l'accident m'a toujours fait penser au film de Dreyer, "Ils attrapèrent le bac". Je crois aussi qu'A.Alexeieff a fait un film sur un sujet similaire avec son système d'écrans à aiguilles, il faudrait vérifier.
Tiens, une idée: chercher dans les archives de Breton s'il avait à cette époque des correspondants qui demeuraient rue de W.

Écrit par : gluglups | mardi, 27 novembre 2007

En matière de cinéma, je vous crois sur parole. Supposons alors qu'il ait brodé une histoire autour d'un personnage authentique.

Je crois qu'à ce stade de nos questionnements et des recherches documentaires, le silence de Breton devient assourdissant, comme on dit. Il nous manque vraiment ses lettres à lui, en écho, en réponse...

Écrit par : Jacques Layani | mardi, 27 novembre 2007

Je ne connaissais pas ce Jean Genbach, jeune prêtre défroqué, qui donna dans le satanisme, et fut l'auteur d'un seul livre érotique en 27....on le trouve dans toutes les librairies en ligne.


Ferré lisait beaucoup,il était fort cultivé, érudit, mais avec un défaut: de même qu'il était brouillé avec les nombres, il n'avait pas la mémoire des dates, ni celles des noms ou des titres.On le voit bien dans nombre d'entretiens où il confond les écrivains américains,où il se trompe en appelant le livre de Sartre sur Genet, qu'il dit lire très souvent ,"saint genet, poète et martyr", au lieu de "comédien et martyr", alors que le mot essentiel est "comédien", en référence à la tragédie de Rotrou.Ou dit que Sartre a commencé à être connu vers 41, "alors qu'il sortait de son stage de professorat" (sic).Alors qu'enseignant depuis 34, il revient , en 41 ...du stalag!
L'inconvénient avec Ferré, c'est qu'il faut tout vérifier.Les dates, les titres, les références....Ce qui nous complique quelque peu la tâche, mais nous fait faire de découvertes.

Question de méthode: Bien s'assurer de la chronologie.

C'est vrai que sans entendre Breton, tout cela demeure bien mystérieux.

Pour "les anarchistes", j'ai lu aussi cette info (mais je ne sais plus où- je fais comme Ferré!) selon laquelle Madeleine ne voulait pas qu'il la chante,de peur de "briser sa carrière" (sic)

Écrit par : francis delval | mardi, 27 novembre 2007

"Je crois qu'à ce stade de nos questionnements et des recherches documentaires, le silence de Breton devient assourdissant, comme on dit. Il nous manque vraiment ses lettres à lui, en écho, en réponse..."

La correspondance privée de Léo n'est pas accessible ?

Écrit par : The Owl | mardi, 27 novembre 2007

Comme je l'ai dit dans un commentaire ci-dessus, Breton avait demandé que ses papiers ne soient rendus publics que cinquante ans après sa mort, soit en 2016. Mais sa propre fille et sa petite fille n'ont pas observé ce désir et ont -- heureusement pour nous -- rendu publics ces documents bien avant (pour l'édition de la Pléiade, déjà, Aube avait ouvert sa porte aux chercheurs).

Cette décision d'Aube vaut-elle pour les lettres envoyées par son père à telle ou telle personne ? Les destinataires de ces lettres sont-ils d'accord pour leur publication ?

Vous savez que la question de la correspondance est compliquée. En droit, un courrier appartient à son destinataire. Mais le texte contenu dans ce courrier est soumis au droit d'auteur, lequel est inaliénable. Une lettre "appartient" donc au scripteur et au destinataire. Ou à leurs ayants-droit. En même temps.

Cela étant, Aube a publié les lettres reçues par son père sans demander l'avis -- je pense -- de leurs auteurs. Et nous en sommes tous très satisfaits. De nombreuses personnes ont rendu publiques les lettres que Breton leur avait adressées. Dans un ouvrage qui vient de paraître sur Léo Malet, par exemple, figure une lettre qu'il a reçue de Breton. Rien n'empêche donc, à mon avis, que les lettres de Breton à Léo Ferré, si elles n'ont pas été perdues, soient rendues publiques. Ce ne sera pas une première fois.

Reste la volonté de Breton, à laquelle il est possible qu'on veuille se tenir.

Écrit par : Jacques Layani | mardi, 27 novembre 2007

Sur le site officiel L'atelier d'André Breton, je lis :

"Parmi les ambitions de l'association Atelier André Breton figure celle d'initier un mouvement permettant de porter à la connaissance du public le plus grand nombre possible de documents concernant cet auteur et le surréalisme. Si vous possédez des oeuvres susceptibles d'intégrer cette base, vous pouvez nous faire parvenir une copie numérique grâce au lien ci-dessous. Nous déconseillons fortement les envois par voie postale, à plus forte raison s'il s'agit d'originaux."

Et aussi :

"Les personnes possédant des documents originaux relatifs à André Breton ou au mouvement surréaliste sont invitées à nous les soumettre. Le comité scientifique évaluera leur intérêt et décidera d'une mise en ligne. Afin de faciliter ces échanges, le site comporte une page dédiée à cet effet. Vous pouvez nous joindre une copie numérique de votre document dont le poids sera inférieur à 100 ko. (lien) Il est fortement déconseillé de nous faire parvenir ces documents par voie postale, à plus forte raison s'il s'agit d'originaux."

Par conséquent, les ayants-droit sont vraiment demandeurs d'une publication.

Écrit par : Jacques Layani | mardi, 27 novembre 2007

je l'ai jadis déjà signalé ici, mais on ne peut tout retenir:je rappelle qu'il existe un site fabuleux d'archives sonores et visuelles:taper sur Google " Ubuweb sound"pour les archives sonores , ubuweb pour le reste.Archives sonores qui vont de Marinetti à Guyotat, et d'Apollinaire à Céline,où vous trouverez les cours de Barthes du collège de France en MP3,des exposés de Lacan....et pour le surréalisme,un entretien avec Breton , Breton récitant un poème ("la voix d'André Breton"...), mais aussi des entretiens ou des documents sonores d'Aragon,Soupault,Tzara,Duchamp,Desnos,Dali,Max Ernst,Artaud etc....

Écrit par : francis delval | mardi, 27 novembre 2007

Merci Francis. L'entretien fait partie de ceux qu'il écrivit et enregistra en 1952 pour la radio, dans un faux direct où il lisait les réponses aux questions posées. Un CD les donne dans leur intégralité (André Breton, l'aventure surréaliste, entretiens avec André Parinaud, INA-Radio-France, collection "Les Grandes heures", 211841). Le texte de ces entretiens a été publié par Gallimard.

Le poème, c'est L'Union libre, évidemment. C'est toujours celui qu'on cite. Il n'a pas dû en enregistrer beaucoup (?). On l'entendait déjà dans la Nuit Léo Ferré de France-Culture.

Écrit par : Jacques Layani | mardi, 27 novembre 2007

oui, l'union libre, c'est peut-être le seul poème enregistré !
ce site vaut quand même qu'on y passe régulièrement, il y a souvent des enregistrements ou des films nouveaux....Tout est en principe téléchargeable sans problème....

Écrit par : francis delval | mardi, 27 novembre 2007

Chouette Jacques, que ne vous adressez-vous à Mathieu pour rendre le silence de Breton moins assourdissant ?

Écrit par : The Owl | mardi, 27 novembre 2007

Jacques,pouvez-vous donnez la référence exacte de l'ouvrage qui vient de paraître,concernant Léo Mallet que j'aime beaucoup.Je vous remercie.
Frédéric Morino.

Écrit par : Frédéric morino | mardi, 27 novembre 2007

The Owl : il ne m'appartient pas de faire ce genre de démarche. La famille de Léo Ferré agira comme elle l'entendra. Je ne me permettrai jamais ce genre de chose.

Frédéric : plus de détails en suivant ce lien.

http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742772100

Écrit par : Jacques Layani | mardi, 27 novembre 2007

The Owl : il ne m'appartient pas de faire ce genre de démarche. La famille de Léo Ferré agira comme elle l'entendra.

Frédéric Morino : plus de détails en suivant ce lien.

http://www.actes-sud.fr/ficheisbn.php?isbn=9782742772100

Écrit par : Jacques Layani | mardi, 27 novembre 2007

je viens de relire ce que disait Gluglups, à propos de l'influence de Breton qui se ferait sentir, moins dans l'écriture automatique que dans le ton de certains textes...plus tardifs.
S'il me lit, je lui demande s'il pense surtout aux textes en prose, dont certains passages pourraient être rapprochés de "l'amour fou" ou d " Arcane 17", par exemple.....Certains passages d'Alma matrix, par ex, ou alors de textes comme "technique de l'exil"....Quoique pour "alma matrix", on pourrait aussi penser à Aragon, celui de "défense de l'infini"...
ça peut sembler agaçant de chercher à tout prix des précurseurs, des parentés, mais l'intertextualité ça existe, et l'on ne part jamais de rien.
Dans "alma matrix", il y a aussi des passages très proches de Genet.

C'est sans doute exact que tous les surréalistes qui écivirent des textes devenus des chansons furent les "exclus", mais comme tous les surréalistes des 25 premières années furent exclus (je ne compte que les écrivains, mais restait-il des peintres?), et que ne restaient dans les années 50 que Breton et Péret.....on ne risque pas de se tromper de beaucoup,Desnos,Queneau,Prévert, que Gluglups a déjà cités, mais aussi Ribemont-Dessaignes. Peut-être aussi Léo Malet? à vérifier.Et bien évidemment, on l'oublie car c'est trop évident Louis Aragon! Eluard? je ne sais pas, c'est possible ,mais c'est un poète que j'apprécie peu.

Écrit par : francis delval | mercredi, 28 novembre 2007

je viens par curiosité de regarder le fiche "surréalisme" de Wikipédia, un peu déficiente, comme d'habitude:beaucoup d'absents dans la liste des "surréalistes", surtout ceux des années 50.(Goldfayn, José Pierre, C.Estienne).Léo malet qui resta près de 20 ans , oublié aussi.
Par contre , Léo Ferré est ciré parmi les artistes influencés par le surréalisme, en compagnie de Ponge, Gracq, Michaux,Calder ou Motherwell....Bonne compagnie, mais on se sait jamais qui fait les notices, c'est le principe du site....On peut le regretter.
Mais on peut réparer les oublis.....

Écrit par : francis delval | mercredi, 28 novembre 2007

bien sûr, lire: "Léo Ferré est cité" et non "ciré"....ça fait trop Musée Grévin"

Écrit par : francis delval | mercredi, 28 novembre 2007

Jacques, quand vous dites "La famille de Léo Ferré agira comme elle l'entendra." voulez-vous parler d'une publication de la correspondance ou d'un libre accès pour les chercheurs ?

S'il ne vous appartient pas de faire la démarche, alors à qui ?
Il me semble que la famille Ferré aide volontiers ceux qui lui en font la demande, non ?

J'avoue ne pas trop comprendre où est le problème...

Vous n'avez pas corrigé la notice Wikipédia Francis, c'est pas très partageur...

Écrit par : The Owl | jeudi, 29 novembre 2007

il y aurait tant de choses à corriger sur wikipédia, à commencer par la notice sur Ferré, qu'on n'en finirait pas.Honnêtement, je préfère faire autre chose.....Et je ne les lis que très rarement,les notices dans les langues qui ne me sont pas accessibles sont illisibles avec le traducteur automatique....

Écrit par : francis delval | jeudi, 29 novembre 2007

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